« L’Amant » d’Harold Pinter dans la mise en scène de Thierry Harcourt
Dans sa mise en scène de L’Amant d’Harold [...]
Un monde est en train de mourir. Un autre en train de naître. Disparition et deuil étendent leurs ombres sur une classe dominante dont l’insouciance confine au déni… Aurélie Van Den Daele crée une version hors des sentiers battus de La Cerisaie : une plongée au présent dans la pièce de Tchekhov.
On les retrouve toutes et tous. Ils font partie des icônes du répertoire théâtral. Il y a Lioubov (Marie-Sohna Condé), aristocrate désargentée qui revient d’un long séjour à Paris où elle s’était réfugiée après la mort de son enfant. Elle retrouve sa chère cerisaie, domaine sur le point d’être vendu pour rembourser les dettes familiales. Il y a ses filles Ania (Inès Musial) et Varia (Noémie Rimbert), son frère Gaev (Gurshad Shaheman), l’étudiant Trofimov (Mathias Bentahar), la gouvernante Charlotta (Claire Chastel), le comptable Epikhodov (Alexandre Le Nours), les domestiques Douniacha (Océane Court-Mallaroni) et Firs (Rémi Rauzier). Il y a, enfin, le moujik enrichi Lopakhine (Sidney Ali Mehelleb) qui va renverser l’ordre social établi en se portant acquéreur de la propriété. Ces personnages créés par Anton Tchekhov il y a plus de cent ans nous donnent l’impression, dans la mise en scène inspirée et vivante d’Aurélie Van Den Daele, d’être à la fois eux-mêmes et nos contemporains. Ils existent pleinement aujourd’hui, expriment toute la profondeur des solitudes et des blessures qui font de La Cerisaie une œuvre bouleversante.
Une troupe riche d’individualités singulières
C’est l’une des réussites de ce spectacle créé au Festival Mi/Mi, à Nexon, et prochainement à l’affiche du Théâtre de La Tempête : élargir nos horizons en mettant à distance les repères naturalistes qui habituellement structurent la pièce de Tchekhov. Proposée en deux versions selon les théâtres — l’une, déambulatoire, amène les publics à se déplacer à l’extérieur des salles (à la Cartoucherie, le deuxième acte aura ainsi lieu dans la forêt du Parc Floral) ; l’autre se déroule exclusivement en intérieur —, Une Cerisaie fait revivre au présent les vertiges d’un monde qui bascule dans l’inconnu. Ce monde comporte des similitudes troublantes avec le nôtre… Incarnée par une troupe riche d’individualités singulières, la représentation conçue par la directrice du Centre dramatique national du Limousin surprend à bien des égards. Développant une esthétique de kaléidoscope, elle nous fait voyager dans un imaginaire où se côtoient concret, gaieté, magie, poésie, mélancolie, sens de l’inclusion et de la communauté, passages de théâtre-récit (textes de Charline Curtelin)… Cet imaginaire révèle les clairvoyances de l’œuvre de Tchekhov et nous immerge dans les paysages vastes d’un univers de mise en scène éminemment personnel.
Manuel Piolat Soleymat
Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30. Durée: 3h (déambulations incluses). Spectacle vu le 25 mai 2026 au Sirque - Pôle national cirque de Nexon, dans le cadre du Festival Mi/Mi. Tél. : 01 43 28 36 36. www.la-tempete.fr.
Également du 9 au 15 octobre 2026 au Théâtre de L’Union à Limoges, du 23 au 27 février 2027 au Théâtre des Quartiers d’Ivry, les 3 et 4 mars à L’Empreinte – Scène nationale Brive-Tulle, les 9 et 10 mars à la Scène nationale du Sud-Aquitaine de Bayonne, le 6 avril à la Scène nationale de Châlons-en-Champagne, les 9 et 10 avril à la Comédie de Colmar, le 4 mai au Théâtre de Corbeil-Essonnes, le 12 mai au Théâtre de Villefranche-sur-Saône.
Dans sa mise en scène de L’Amant d’Harold [...]