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Du 16 juin au 4 juillet, le Théâtre national [...]
Des textes et des interprètes à découvrir. Le dispositif « Aux singuliers » fait entendre pendant trois semaines de nouvelles voix du théâtre. La première soirée était particulièrement prometteuse.
C’est en 2024 que le Théâtre National de la Colline a initié ce dispositif nommé « Aux singuliers ». Le principe : un appel à textes non publiés est lancé auprès de jeunes auteurs et autrices de moins de trente ans. Sélectionnés anonymement parmi une centaine, six d’entre eux sont portés dans six monologues par six interprètes de la Jeune Troupe du théâtre de la Colline, mis en scène par Frédéric Fisbach. Le dispositif offre donc la possibilité de découvrir de nouveaux visages et de nouvelles plumes. Chaque soir, deux textes sont représentés à la suite. Pour la première soirée, Swann Nymphar portait à la scène Le Flix de Justin Bouvier-Tissot et Gabor Pinter Abattoir-abattoir de Daniel C.J. Lexandra. Deux univers, deux écritures bien différentes montées dans des scénographies hyper légères, qui laissent toute leur place à l’interprétation.
Corps effacés, corps violentés
Les corps qui s’effacent pour commencer. Louise, étudiante à Bruxelles, rentre à Genève en Flixbus pour rejoindre son Eden. Le réalisme des relations à distance, des relations virtuelles sans présence des corps, offre, dans ce voyage où chacun reste dans sa bulle selon des règles tacites que produit notre modernité, un écho amusant et inquiétant à la fois des évolutions de notre société. Petit à petit, le réalisme cède au fantastique de corps-machines. Conte à peine dystopique de notre déshumanisante transhumanisation, Flix est porté par une écriture malicieuse, concrète et métaphorique à la fois, et une comédienne tout en nuances. Puis, changement d’atmosphère, dans le noir, Gabor Pinter lance la violence jamais contenue d’Abattoir-abattoir. Préliminaires à la Liddell où le spectateur est pris à parti, presque comme un ennemi. Puis se déploie l’histoire qu’on devine autobiographique de l’auteur, celle d’un enfant régulièrement violenté par son père et harcelé par ses pairs parce que trop gros et pas assez viril, qui cherche par l’écriture à exorciser ce passé. Se couvrant petit à petit de la peinture rouge sang étalée sur le sol, Gabor Pinter alterne le récit des scènes familiales où rien, ou presque, ne parvient à s’opposer à l’ancestrale violence des pères, et des réflexions sur la capacité de l’écriture, dans ce contexte, à faire œuvre de réparation. Scènes crues et cruelles, goût de la formule, écriture lyrique et concrète à la fois, Abattoir-abattoir ressasse, fouille et creuse à l’envi – avec sa propre violence qui resurgit et congédie la tonalité victimaire – la mécanique familiale et sociale qui entretient une telle sauvagerie. Par sa durée également, 1h30, le spectacle s’enfonce dans les chairs et restera profondément marquant.
Eric Demey
du mardi au samedi à 20h. Tel : 01 44 62 52 52. Durée variable selon les monologues.
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