La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

« The Tempest », le solo en colère de Lisbeth Gruwez

« The Tempest », le solo en colère de Lisbeth Gruwez - Critique sortie Danse Castelnau-le-Lez
Crédit : Danny Willems The Tempest de Lisbeth Gruwez et Maarten Van Cauwenbergh

Festival Montpellier Danse / Kiasma Castelnau-le-Lez/ Chor. Lisbeth Gruwez

Publié le 24 mai 2026 - N° 344

Avec The Tempest, Lisbeth Gruwez signe un solo traversé par la colère et nourri par un long travail autour des arts martiaux.

Il y a des spectacles qui ne commencent pas vraiment : ils affleurent, comme une vibration sous la peau. Celui de Lisbeth Gruwez naît ainsi, dans un coin de plateau où un carré blanc se dresse comme un fragment d’hiver. Une pente muette, un relief qui attend qu’on le trouble. De cette blancheur, une silhouette se détache, lente, compacte, comme si elle surgissait d’un souffle retenu. Gruwez apparaît avec la concentration d’un corps qui revient de loin. On la voit d’abord comme une ombre qui hésite à naître, puis soudain le corps s’avance, chargé d’un calme qui brûle. Ce solo porte la trace d’un voyage intérieur nourri par l’Asie, les arts martiaux, le Tai-chi, la rencontre avec Pichet Klunchun. Rien n’est cité, tout est transmuté : la colère devient matière à canaliser, impulsion qui cherche sa direction.

Une étoile fixe

Sa gestuelle, angulaire et souple, évoque autant les katas que des figures de mangas ou des esprits japonais, sans jamais s’y réduire. Elle découpe l’espace avec une précision presque graphique, comme si chaque articulation cherchait son point d’équilibre. La musique de Maarten Van Cauwenberghe agit comme une pression invisible : basses qui vibrent sous le sol, éclats métalliques, cloches lointaines. Elle ne soutient pas la danse, elle la contraint, la pousse à trouver un passage dans un air devenu dense. Puis la fumée l’engloutit. Un bâton blanc devient appui, ligne fragile à laquelle se raccrocher. La colère circule, jamais explosive : elle se dépose, se transforme, devient souffle. Les lumières de Jan Maertens la harcèlent, la cernent, accélèrent autour d’elle comme une tempête qui cherche son centre. Gruwez, elle, ralentit. Elle devient un point fixe dans un monde qui s’emballe, une présence qui refuse la panique. Quand tout retombe, le silence a l’épaisseur d’un après-coup.

Agnès Izrine

A propos de l'événement

The Tempest
du samedi 27 juin 2026 au dimanche 28 juin 2026


à 18h. Tél. : 04 67 60 83 60. Durée : 1h.
Vu le 20 mars 2026 au Théâtre de Vanves dans le cadre du festival Artdanthé.

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