La Terrasse

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Danse classique - Critique

Le Ballet de l’Opéra de Paris brille dans « La Dame aux camélias » de John Neumeier

Le Ballet de l’Opéra de Paris brille dans « La Dame aux camélias » de John Neumeier - Critique sortie Danse Paris Palais Garnier
Amandine Albisson et Hugo Marchand interprètent La Dame aux camélias de John Neumeier © Maria-Helena Buckley / Opéra national de Paris

Palais Garnier / Chor. John Neumeier

Publié le 10 mai 2026 - N° 343

Le Ballet de l’Opéra national de Paris reprend La Dame aux camélias signée John Neumeier. Un ballet somptueux qui parvient à mettre en lumière les émotions de ses personnages grâce à une chorégraphie aussi techniquement ardue que visuellement naturelle et à une scénographie ingénieuse.

Un fastueux appartement, celui de Marguerite Gautier récemment décédée, dont les meubles et effets personnels sont vendus aux enchères. Des proches de la défunte sont présents. Armand Duval, l’amant de cœur de la courtisane, fait irruption dans la salle puis s’effondre, submergé par ses émotions : nous venons de la voir au loin, derrière un rideau de tulle, traverser la scène souriante et faisant signe de la main. Dès le prologue, l’intrigue comme le procédé sont posés. Pour adapter La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas fils, John Neumeier part de son tragique dénouement et déploie par touches successives les souvenirs de ses protagonistes. Une robe violette rappelle à Armand leur rencontre lors d’une représentation du ballet Manon Lescaut, un chapeau de paille leur vie commune à la campagne. Rêves, pensées et différentes temporalités cohabitent et s’entremêlent avec une parfaite lisibilité grâce à l’ingéniosité des décors de Jürgen Rose et des lumières réglées par le chorégraphe. Tout au long des trois actes, les destins des couples Manon Lescaut – Des Grieux et Marguerite – Armand s’entremêlent, donnant lieu à de somptueuses danses en miroir ou à un délicat pas de trois, offrant de la profondeur et de la clarté aux émotions de nos personnages.

Les destins tragiques des demi-mondaines

Entre bals fastueux et tourbillonnants, parties de campagne festives et promenades mondaines réglées au cordeau, se dessine une société bourgeoise où les hommes affichent leurs lorettes comme des trophées, où celles-ci multiplient les aventures pour subvenir à leurs désirs de luxe, où les mœurs légères sont encouragées tant que les femmes demeurent à leur place, dans la pure frivolité. D’abord moqueuse devant l’innocence et la passion d’Armand (qu’incarne intensément un Hugo Marchand au sommet de son art), Marguerite, la plus en vue des cocottes (Amandine Albisson coquette et joyeuse puis fragile et désespérée), finit par succomber à son amour jusqu’à congédier ses amants. Hélas, dans une scène bouleversante par les protestations, les supplications puis le renoncement de notre héroïne, le père d’Armand la contraint, au nom de son passé de demi-mondaine, de quitter son fils. Les tourtereaux se reverront et succomberont une nouvelle fois à leur irrésistible flame, dans un troisième et long pas-de-deux sensuel, aussi superbe, par ses portés virevoltants s’achevant souvent au sol, que les deux premiers. Comme rattrapée par les réminiscences de l’histoire de Manon (interprétée par Sea-Eun Park, remarquable et déchirante dans la scène finale qui la voit mourir), Marguerite quittera définitivement Armand avant que par vengeance celui-ci l’humilie publiquement.

Delphine Baffour

 

A propos de l'événement

La Dame aux camélias
du mercredi 6 mai 2026 au samedi 23 mai 2026
Palais Garnier
Place de l'Opéra, 75009 Paris

à 19h30, relâche les lundis et dimanches sauf le dimanche 10 mai à 14h30. Tél. 08 92 89 90 90. www.operadeparis.fr. Durée : 2h50 avec entracte.

Également du 17 au 19 juillet au Grimaldi Forum, Monaco.

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