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Avignon / 2026 - Entretien / Julien Gosselin
Dix ans après avoir adapté 2666 au Festival d’Avignon, Julien Gosselin revient à l’écriture de Roberto Bolaño qu’il croise avec celle de Lautréamont. Le directeur du Théâtre national de l’Odéon crée Maldoror dans la Cour d’honneur du palais des Papes : une avancée dans les mystères humains et littéraires du mal.
Quel processus de recherche a abouti à la création de Maldoror ?
Julien Gosselin : J’ai du mal à imaginer un spectacle centré sur une fiction cadre à partir de laquelle se développent des formes. J’ai besoin de m’appuyer sur des récits et des auteurs différents qui me permettent, à un moment donné, de cibler ce que j’ai envie de raconter. C’est de cette façon que je crée mes spectacles. D’ailleurs, souvent, ce processus de recherche ne me permet pas de trouver ce que j’ai envie de raconter, mais plutôt de le transformer, d’en faire quelque chose d’autre. Par exemple, pour Maldoror, j’ai commencé par interroger la description du réel en me plongeant dans Huysmans, qui pensait que le naturalisme balzacien ne pouvait pas rendre compte du monde tel qu’il est, notamment parce qu’il omet une partie sombre, noire, magique ou mystique, des mouvements souterrains.
Ces références à Huysmans ont finalement disparu de votre spectacle…
J.G. : Oui. Au début, je me disais que ce spectacle allait être comme une mise en crise des formes du théâtre contemporain. Mais en fait, il cherche plutôt à établir un lien entre le mal humain et la recherche presque intime, on pourrait dire presque libidinale, du mal dans la littérature. Ensuite, lorsque j’ai relu Lautréamont, qui explore la beauté du mal de manière complètement folle et décomplexée, je me suis dit qu’il y avait là comme un diamant, comme une chose très polie, très profonde, qui représente le mal dans la littérature. Autour de cela, l’essentiel du spectacle emprunte à de nombreuses œuvres de Roberto Bolaño. Notamment à un texte magnifique, Étoile Distante, qui parle d’un jeune poète qui devient le pire des meurtriers.
Quelle différence faites-vous entre la notion de mal et celle de violence ?
J.G. : C’est une question qui m’intéresse beaucoup. Autant la violence est une chose très lisible, active, qui procède souvent d’une parole ou d’un geste, autant le mal est obscur, peu palpable. D’ailleurs, Bolaño parle tout le temps du « secret du mal ». Maldoror, au fond, traite de cela, non pas du mal en tant que figure préhensible, aussi nette que peut l’être la violence, mais en tant qu’énigme, en tant que mystère. J’ai eu envie de me plonger dans cette part d’ombre qui engendre de la peur, du dégoût, mais aussi une forme d’attirance. Ce qui est passionnant, lorsqu’on étudie la question du mal, c’est que des tas d’autres thèmes apparaissent, comme celui de la pourriture, de la folie, de la maladie de l’écriture, de la maladie de l’âme humaine…
Qu’est-ce qui vous inspire, fondamentalement, dans ces territoires-là ?
J.G. : Cette question revient à se demander pourquoi un artiste crée des œuvres. En ce qui me concerne, je crois que je produis des spectacles un peu malgré moi, par besoin d’explorer quelque chose qui, au fond, m’échappe un peu. Le metteur en scène que je suis ne cesse d’explorer ce qu’est le mal, la douleur, personnelle ou sociale, ce qu’il y a de plus sombre dans l’existence…. Finalement, toute la question du spectacle est d’essayer de savoir pourquoi je tourne toujours autour de ces thèmes-là.
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat
à 22h, relâche le mardi. Tél : 04 90 14 14 14. Durée : 5h.
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