« [poíēsis] », de Florian Goetz et Jérémie Sonntag, est une irruption poétique dont notre regard sur le monde ne sortira pas indemne
Conçu pour les salles de classe et autres [...]
Avignon / 2026 - Entretien / Charles Pépin
En ne prenant pas le risque de la rencontre, on passe à côté de soi-même. Telle est la thèse que soutient Charles Pépin et que défend Thierry Lhermitte, seul en scène pour faire l’éloge de l’altérité.
Pourquoi ainsi louer la rencontre ?
Charles Pépin : Parce qu’elle est le fondement de l’existence humaine et la transfigure. Nous avons besoin de sortir des bulles sociales et algorithmiques de l’entre-soi et de surmonter les préjugés et les habitudes pour aller à la rencontre de l’autre, sous toutes ses formes : un amour, un ami, un livre, voire un animal, comme le raconte Thierry Lhermitte à propos des chevaux. Si on ne prend pas ce risque, un autre nous menace : mourir en passant à côté de la rencontre avec soi. Toute grande rencontre est tridimensionnelle : elle offre de découvrir l’autre, le monde tel que l’autre le voit et soi-même. Si on n’est pas changé par une rencontre, c’est qu’il n’y a pas eu rencontre, mais, au mieux, croisement. Notre époque menace la rencontre : les réseaux sociaux nous confortent dans ce que nous pensons déjà, l’injonction au développement personnel nous invite à « rester nous-mêmes ». Le but de l’existence humaine n’est pas d’être soi, mais, au contraire, de s’oublier, d’être dérangé dans sa certitude identitaire.
Comment êtes-vous passé de l’essai philosophique au théâtre ?
C.P. : Thierry Lhermitte a parlé de mes livres au metteur en scène Steve Suissa, qui nous a présentés. J’ai écrit un texte pour lui, en y intégrant le récit des principales rencontres de sa vie : pêle-mêle, celle de ses camarades de la troupe du Splendid, celle de sa femme, celle de Wallace, le cheval de sa vie, celle des médecins qui l’ont soigné. Nous partageons la même conviction que la rencontre bouleverse, bouscule et peut même nous sauver la vie, notamment en nous offrant ce que Boris Cyrulnik appelle des « tuteurs de résilience ». Cette adaptation a été l’occasion de densifier et de clarifier encore ma pensée, d’aller à l’essentiel. Thierry Lhermitte, dont le capital sympathie est immense auprès du public, ne cabotine pas : il est habité par cette thèse qu’il sert avec simplicité, en homme de bonne volonté qu’il est. Les gens sortent de la salle en disant qu’ils sont disposés, après avoir entendu le texte, à s’infliger une petite claque existentielle et à changer, comme nombreux sont les lecteurs qui me disent que La Rencontre leur a permis de sortir du solipsisme : les gens restent seuls quand ils ne savent pas se rendre disponibles à autre chose que ce qu’ils attendent. Plutôt que de crever seul ou de moisir dans l’assignation identitaire, luttons contre les pentes de l’époque et allons vers l’autre !
Propos recueillis par Catherine Robert
à 19h30. Relâche le lundi. Tél. : 04 90 86 74 87. Durée : 1h.
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