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Avignon / 2026 - Entretien / Tigran Mekhitarian
Avec Tigran Mekhitarian, Molière prend un sacré coup de jeune. Boosté au hip-hop, son Avare nous mène dans le monde de la banlieue et du grand banditisme.
Depuis votre première mise en scène, Les Fourberies de Scapin (2016), vous n’avez mis en scène que du Molière. Pourquoi et que cela fait-il de fréquenter un seul auteur pendant dix ans ?
Tigran Mekhitarian : Je suis tombé amoureux de Molière lors de ma formation et cela ne m’est jamais passé. Son œuvre touche à des sujets qui résonnent fortement avec notre époque et elle permet de s’adresser aussi bien aux personnes proches de la culture que de celles qui en sont plus éloignées, ce qui est très important pour moi. L’Avare est ma deuxième mise en scène, mais puisqu’elle est arrivée en période de Covid et qu’elle rassemble dix comédiens je n’ai pas pu la jouer. D’où cette reprise aujourd’hui, qui me fait mesurer mes changements personnels et à l’endroit du théâtre.
On retrouve la forte emprunte hip-hop de votre premier spectacle et de ceux qui suivent : Don Juan et Le Misanthrope.
T.M. : Le langage du hip-hop m’est naturel, j’ai grandi avec. Et j’aime le contraste que l’univers urbain crée avec la langue de Molière, à laquelle je suis fidèle. Moi et mon équipe ne la déclamons pas, bien au contraire, nous cherchons à en montrer le concret, le terre-à-terre.
Vous adaptez pourtant la pièce, faisant notamment du personnage principal Harpagon une figure du grand banditisme. Par quels moyens ?
T.M. : Je crée de nombreuses scènes muettes pour faire comprendre ce que fait le personnage. Au début par exemple, on le voit échanger une mallette avec des hommes en noir, dos au public. J’ai également ajouté des scènes que j’ai écrites, notamment afin de donner davantage d’existence aux personnages secondaires, à Marianne que veut épouser Harpagon par exemple qui incarne une forme de révolte féminine, et au valet La Flèche dont je fais un personnage d’immigré.
Harpagon est donc beaucoup moins central que dans la pièce originale.
T.M. : Oui, car il était important pour moi que chaque acteur ait une partition complexe à défendre. Dans cette reprise, j’incarne Harpagon alors que je jouais auparavant le plus petit rôle et cela ne fait pour moi aucune différence. Je veux créer de l’empathie pour mon personnage, laisser deviner le traumatisme qui l’a rendu si proche de son argent. Il s’agit aussi bien entendu de faire rire, et pour cela il n’y a qu’à suivre Molière.
Propos recueillis par Anaïs Heluin
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