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Avignon / 2026 - Entretien / Petr Boháč et Miřenka Čechová
Après The Last of the Soviets et Vivat Messi en 2025, les artistes tchèques Petr Boháč et Miřenka Čechová reviennent au Théâtre de la Manufacture avec deux adaptations de pièces de Václav Havel, qui mettent en lumière la condition des dissidents politiques.
Quelle est l’origine de la Compagnie Spitfire, que vous avez cofondée en 2007 ?
Miřenka Čechová. : Lorsque Petr et moi avons créé la Compagnie Spitfire, nous avions le sentiment qu’il n’y avait tout simplement pas de place pour nous dans le monde théâtral institutionnel. Nous étions trop différents et trop audacieux pour être pris au sérieux. Fonder une compagnie de théâtre indépendant était le seul moyen pour nous d’affirmer notre identité artistique. Depuis cette époque, de spectacle en spectacle, nous avons travaillé à dépasser nos propres limites — physiquement, mentalement, lors de plongées au plus profond de notre intimité — en veillant à ne jamais expliquer ou décrire un thème, mais à en faire l’expérience personnelle et singulière sur scène.
De quoi traitent les deux spectacles que vous présentez cette année à La Manufacture ?
Petr Boháč : Ces deux propositions s’inspirent d’œuvres de Václav Havel. Perpetuum Havel puise à plusieurs sources. La plus importante est le manuscrit inédit de Perpetuum mobile, pièce que Václav Havel a écrite en prison, à la fin des années 1980. Ce spectacle s’appuie également sur le témoignage de diverses dissidentes politiques, ainsi que sur la déposition de prisonniers d’opinion russes lors de procès arrangés. Comme l’indique l’Institut V-Dem, en 2024, environ 72% de la population mondiale vivait dans des autocraties. La situation n’est pourtant pas désespérée. Car on trouve des individus qui, au prix de leur bien-être et de leur liberté, osent s’opposer aux autocrates. Perpetuum mobile raconte l’histoire d’un prisonnier d’opinion qui passe sa vie dans la solitude de sa cellule. Ce personnage est interprété par l’artiste et danseur Roman Zotov-Mikshin, qui jouait l’année dernière dans The Last of the Soviets.
Et Antiwords ?
M.Č : Antiwords s’inspire d’Audience, une pièce mythique que Václav Havel a écrite en s’appuyant sur sa propre existence. Au sein de cette farce, un personnage incarne un brasseur fidèle au régime, l’autre un dramaturge persécuté contraint de travailler sous ses ordres. Ces rôles sont interprétés par deux comédiennes affublées de masques géants. Le mécanisme du pouvoir totalitaire prend ici la forme de phrases banales et absurdes, répétées à l’infini…
P.B. : Dans une interview, le penseur Ivan Krastev affirme que, sous le communisme, l’objectif était de surmonter la peur pour pouvoir vivre dans la vérité. Aujourd’hui, il faut surmonter la peur pour vivre dans l’espoir. Ce constat résume la portée artistique, esthétique et surtout politique de nos deux spectacles. Václav Havel a dû dépasser la peur et oser vivre dans la vérité. Ce faisant, il a découvert l’espoir.
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat
à 15h55, les jours pairs. Tél : 04 90 85 12 71. Durée : 1h45 trajet navette inclus (Perpetuum Havel).
Avignon Off. La Manufacture, 2 rue des Écoles, 84000 Avignon. Du 5 au 21 juillet 2026 à 15h55, les jours impairs. Tél : 04 90 85 12 71. Durée : 1h40 trajet navette inclus (Antiwords).
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