« Jimmy » de la Compagnie Troisième Génération, une fiction née de l’histoire vraie d’un usurpateur d’identité aussi effrayant que génial
Dans Jimmy, la Compagnie Troisième Génération [...]
Avignon / 2026 - Entretien / Mouss Zouheyri
El Maestro dirige devant des musiciens virtuels la répétition d’une symphonie échevelée et loufoque. Mouss Zouheyri fait résonner la langue jouissive et bouillante de son ami Aziz Chouaki.
« Je viens à Avignon avec ce spectacle pour la deuxième fois. La première fois, c’était avec Aziz, qui s’occupait de la régie. Nous étions au-delà de la chose théâtrale, comme deux vieux frères d’exil. Du haut de mes 67 ans, et maintenant qu’Aziz est parti, je reprends ce texte qui me nourrit et que je nourris autrement, avec une maturité plus grande. Vieux, on n’est plus dans l’effort ni dans la preuve. Je me souviens de Roussillon, de Galabru : ils entraient en scène et parlaient. Bouquet disait cela quand nous étions ses élèves au Conservatoire : « entre et ne fais rien, dis les mots ! » El Maestro résiste aux vicissitudes, en l’occurrence celles des années sanglantes qui ont forcé Aziz à quitter l’Algérie, en inventant un orchestre imaginaire de huit musiciens qu’il dirige à coups d’odeurs, de saveurs et d’images. La langue est le dernier rempart contre la barbarie et maintient le pays qu’elle évoque en vie, entre beauté et tragédie.
« Qu’est-ce qu’écrire pour le théâtre, si ce n’est inventer une langue ? », demandait Aziz, ce formidable dribbleur de mots, qui les mêle tous, ceux du français, de l’arabe et du kabyle, pour dire la splendeur d’un pays qui n’existe plus comme il l’a connu. Quand j’ai découvert cet écrivain, il m’est arrivé la même chose qu’avec Slawomir Mrozek ou Daniel Keene : la sensation d’une puissante fraternité, confirmée lors de la rencontre avec eux. Moi-même venu du Maroc et arrivé en France à six ans, j’ai trouvé en Aziz Chouaki le premier auteur nord-africain qui parlait sans pathos et n’utilisait pas notre creuset culturel commun comme fond de commerce, osant dire ce qui n’allait pas et évitant l’angélisme, m’offrant, comme l’avaient fait mes enseignants de l’école républicaine et du Conservatoire, de faire le lien entre le citoyen et l’artiste que je voulais être. »
Propos recueillis par Catherine Robert
à 20h50. Relâche les 8, 15 et 22 juillet. Tél. : 06 15 66 47 19. Réservations : levieuxbalancier.com Durée : 1h15.
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