« Pour l’expansion des possibles dans ma sexualité – club P.E.P.S. » de Marine Mechri et Blanche Tirtiaux
Entre poésie absurde et musette [...]
Avignon / 2026 - Entretien / Mathias Moritz
S’inspirant librement de Scènes de la vie Conjugale d’Ingmar Bergman (1973) puis de Hagai Levi (2021), Mathias Moritz ausculte la fragilité du cœur humain en orchestrant la rencontre entre ces deux regards d’hier et d’aujourd’hui. Avec le langage comme champ de bataille, le couple s’avance vers le délitement…
Pour quelles raisons avez-vous choisi d’adapter les deux œuvres d’Ingmar Bergman et Hagai Levi ?
Mathias Moritz : Je pars d’abord de Hagai Levi, parce que sa version est contemporaine et surtout parce qu’elle inverse les rôles : cette fois, c’est la femme qui part. Ce renversement rappelle une chose simple : malgré les scénarios sociaux, la douleur amoureuse circule assez équitablement. Quel que soit le genre, on se débat souvent avec les mêmes impasses. J’ai voulu faire dialoguer cela avec Bergman, qui dissèque le couple avec une précision redoutable. Le spectacle naît de la rencontre de deux regards séparés par cinquante ans.
Que représente le couple que vous mettez en scène ? Est-il ancré dans un contexte social ?
M.M. : Le couple que nous montrons est très identifiable : urbain, cultivé, favorisé, parfaitement équipé pour être heureux… et pourtant incapable de l’être. Ils ont les mots pour tout analyser, sauf ce qui leur arrive. La pièce part d’un milieu social précis, mais elle le dépasse vite. Un couple, ce n’est jamais seulement deux personnes : c’est deux enfances, deux orgueils, deux solitudes, deux manières de demander de l’amour sans savoir le formuler. Débora Cherrière et Lucas Partensky portent cela avec une grande liberté : ils peuvent être tendres, cruels, drôles ou inquiétants dans le même mouvement.
« Un couple (…) c’est deux enfances, deux orgueils, deux solitudes, deux manières de demander de l’amour sans savoir le formuler. »
« On ne choisit pas ses fantômes sera ma mise en scène de l’os. » Pouvez-vous préciser votre intention ?
M.M. : Je parle de “mise en scène de l’os” comme d’un désir de dépouillement : enlever l’ornement pour garder la structure. Deux corps, un espace, du temps, et ce qui se passe réellement entre eux. Mais plus on épure, plus le réel revient. Dans notre mise en scène, il revient par les objets : un mouchoir tombe, une étagère cède, un plafond menace. Le décor se dérègle pendant que les personnages essaient encore de sauver les apparences. Je voulais une forme tendue, directe, où le chaos arrive presque en douce.
En quoi le théâtre est-il un bon lieu pour questionner ce couple qui se délite ?
M.M. : Parce qu’au théâtre, on ne peut pas se cacher longtemps. Les corps sont là, les silences aussi. Une phrase banale devient une menace, un verre d’eau posé sur une table ressemble à une déclaration de guerre. C’est aussi un art du présent : chaque soir, la relation se rejoue réellement entre les acteurs. Il y a du risque, de la variation, du vivant. Et puis le théâtre transforme nos catastrophes privées en expérience collective : on regarde deux êtres se déchirer, et soudain toute la salle se sent concernée.
Propos recueillis par Agnès Santi
à 22h15 ; relâche le jeudi. Tél. : 04 32 74 18 54. Durée : 1h20.
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