« Andromak », une relecture contemporaine de Racine par Cyril Cotinaut aux côtés de la compagnie Kourtrajmé
Cyril Cotinaut propose une relecture [...]
Avignon / 2026 - Entretien / Jean-Yves Ruf
Seul sur scène, Jean-Yves Ruf adapte au théâtre une nouvelle autobiographique de Blaise Cendrars : J’ai saigné. Un texte dans lequel l’écrivain revient sur son expérience douloureuse de la Première Guerre mondiale : de la mutilation jusqu’à la guérison.
Qu’est-ce que vous appréciez particulièrement dans l’écriture de Blaise Cendrars ?
Jean-Yves Ruf : Sa musicalité. En éprouvant J’ai saigné, j’ai senti à quel point, même dans sa prose, il sculpte la langue. Il alterne des phrases très longues, dans lesquelles on ne se perd jamais, et des saccades sous forme de listes. Il a une science des rythmes et des sonorités absolument virtuose. Cendrars est parti très tôt de sa Chaux-de-Fond natale. Il a beaucoup voyagé, s’est engagé dans la Légion. Il était dans le jus de la vie. C’est de là qu’il écrit. Sa langue est très travaillée, mais aussi très orale. Elle réjouit l’acteur.
Que relate-t-il dans J’ai saigné ?
J.-Y.R. : Ce texte pourrait s’appeler Madame Adrienne, l’infirmière qui a participé à sa résurrection physique et psychologique après l’amputation de son bras sur le front de Champagne (ndlr, en 1915). J’ai saigné commence après son opération. On le dépose dans un hôpital improvisé. Là, Madame Adrienne repère Cendras, sa résilience, son désir de retrouver l’estime de lui-même, de son corps. Elle lui demande de l’aider, le transporte dans la chambre d’un petit berger qui est en train de dépérir pour qu’il lui raconte des histoires. Cendrars va se soigner en soignant les autres. La force de ce texte réside, pour moi, dans son humanité profonde. Il est dur, n’évite pas le sujet de la souffrance, mais il est aussi empli de tendresse. C’est une histoire lente et patiente de guérison.
Comment vous en emparez-vous ?
J.-Y.R. : J’ai cosigné la mise en scène avec Jean-Christophe Cochard. Ensemble, nous avons cherché à ne rien forcer. J’ai saigné a une puissance propre qu’il faut ne pas entraver. Quand j’ai lu le texte au créateur son que je voulais engager, il m’a dit que qu’un travail sonore était superflu, qu’il ne fallait pas gâcher la musicalité du texte en ajoutant des sons. On a suivi ce mouvement. La scénographie représente une pièce d’hôpital, laissée à l’abandon, comme une chambre d’écho, une chambre de révélation. On a imaginé que Cendrars revenait sur les lieux, que cette époque de sa vie lui remontait à la mémoire.
Quelle est pour vous l’essence de l’art de l’acteur ?
J.-Y.R. : L’écoute. La capacité à écouter.
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat
à 11h15. Relâche le jeudi. Tél. 04 32 74 18 54.
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