« Juste un moment », duo amical enlevé et facétieux des épatants Chris West et Gaël Grzeskowiak
Lauréat du concours Sobanova 2024, Juste un [...]
La chorégraphe taiwanaise Wen-Jen Huang aiguise un propos glaçant sur nos modes relationnels et sur nos dépendances choisies et serviles, dans des corps-à-corps et des arrêts sur images puissants.
D’abord des apparitions, certaines très furtives, mises en espace au millimètre, et toujours guidées par un rectangle de lumière comme greffé sur la paume de la main. On l’aura compris, il s’agit ici d’un ersatz figurant nos propres objets connectés, qui dans la première scène happent des regards vides, fatigués, des têtes courbées, des bouches presque béantes, et des gestes hagards. L’atmosphère est grise jusqu’au bout de la pointe des cheveux des quatre danseur et danseuses, et le rythme, même quand il est suspendu, reste soutenu. Dès lors, on s’identifie et l’on s’imagine foutu dans ce monde ultra connecté qui agit sur nos corps comme sur nos modes d’être au monde. Pourtant, la chorégraphe va faire évoluer sa danse à travers l’introduction d’un autre « objet transitionnel ». Dans sa volonté de questionner ce qui nous relie, la voilà qui propose des duos et des trios où la relation, distendue ou en grande proximité, ne peut se jouer sans le tissu de leurs t-shirts.
A la recherche de la relation
Il faut dire que la matière, incroyablement élastique, est une ressource qui devient vite un troisième ou quatrième partenaire de danse. Passé l’effet, on se rend compte du paradoxe qu’offre ce choix : couvrant la tête et offrant cécité et enfermement, le tissu est aussi le prétexte à figurer une seconde peau qui nous relie et que l’on s’échange. Il est à l’origine de transferts de poids qui transforment la danse, portent plus loin la relation entre les êtres, qui tentent aussi de survivre dans ce monde qui les rappelle sans cesse à un autre type d’existence fondée sur l’exposition de soi. On les retrouve alors dans des pauses instagrammables à souhait, qui elles aussi jouent l’ambivalence de la déliquescence des visages et des corps. C’est un aller-retour glaçant dans les travers de notre société que nous propose Wen-Jen Huang, qui fonctionne grâce à une extrême précision des gestes et des liens entre les interprètes.
Nathalie Yokel
à 12h, relâche le 15 juillet. Tel : 04 90 82 33 12. Durée : 40 mn.
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