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Pontoise, en juin, et Saint-Ouen-l’Aumône, en [...]
Remarquable spectacle au Petit Saint-Martin, qui prête son écrin à deux pépites du Français, pour une interprétation éblouissante de Séisme, mis en scène avec rigueur et élégance par Robin Ormond.
H et F sont chez IKEA. H propose à F de faire un enfant. Dans leur milieu, celui des intellos précaires et des intermittents du spectacle trentenaires à l’avenir incertain, la question de l’enfantement est devenue occasion de débat possible. Biberonnés à l’angoisse millénariste d’une époque obnubilée par la crise énergétique et l’agonie du biotope, et parce que la modernité contraceptive offre désormais de choisir entre reproduction de notre espèce prédatrice et réduction de son bilan carbone, F et H hésitent, l’un après l’autre, l’un avec l’autre, l’un contre l’autre. Si la situation, ainsi posée, peut sembler renouveler le boulevard en nourrissant, avec de nouveaux thèmes, les démêlés de la vie maritale de bourgeois devenus bobos, l’écriture fine et subtile de Duncan Macmillan réussit à arracher l’intrigue à la vulgarité commune : elle fait de ces deux personnages des héros dignes de la geste arthurienne ou de l’exploration du Tendre. Robin Ormond se retient de glisser sur la pente d’un naturalisme émollient et grossier, soutenu, dans sa mise en scène, par le très beau travail scénographique de Balthazar Lesage.
Tout prévu, fors une autre âme
Enfermés dans une boîte vitrée, dont les dimensions se modifient imperceptiblement à mesure que le temps passe et que les décisions, hésitations, discussions, séparations et retrouvailles, de H et F transforment leurs existence en destin, Claire de La Rüe du Can et Jean Chevalier les incarnent avec une délicatesse, une justesse et une vérité confondantes. Robin Ormond imprime un rythme soutenu à la pièce, ne ménageant pas de pause entre les scènes, quitte à malicieusement désarçonner l’écoute, comme pour intensifier le suspense de cette vie très ordinaire que ses héros traversent en métaphysiciens fragiles et bouleversants. La très belle traduction de Séverine Magois, les costumes subtilement suggestifs de Clément Desoutter, l’impeccable travail, à la lumière et au son, de Manon Vergotte et Arthur Frick, servent cette mise en scène ultra précise et remarquablement maîtrisée. Jean Chevalier, pensionnaire du Français entré dans la Troupe en 2018, est absolument éclatant dans le rôle de H. Face à Claire de La Rüe du Can, qui traverse son rôle avec un solide et évident métier, le comédien prouve la réalité de son vibrant talent. Tout en subtilité, il offre une interprétation polychrome sidérante de finesse, par son visage, son corps, ses gestes et la manière infiniment délicate qu’il a de donner chair et sens à l’amour. Il est fascinant. Si la vie n’a de sens qu’à condition d’un grand amour ou d’une grande œuvre, rendez-vous au Petit Saint-Martin !
Catherine Robert
Du mercredi au samedi à 19h ou 21h ; dimanche à 17h30. Tél. : 01 42 08 00 32. Durée : 1h10.
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