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Avignon - Entretien / Jean-Pierre Vincent

L’Orestie d’Eschyle, mis en scène par Jean-Pierre Vincent

L’Orestie d’Eschyle, mis en scène par Jean-Pierre Vincent - Critique sortie Avignon / 2019 Avignon Festival d’Avignon
Le metteur en scène Jean-Pierre Vincent. Crédit : Jean-Louis Fernandez

Entretien
Jean-Pierre Vincent
Gymnase du Lycée Saint-Joseph / d’Eschyle / mes Jean-Pierre Vincent

Publié le 23 juin 2019 - N° 278

Déjà, en 2007, Jean-Pierre Vincent se plongeait dans L’Orestie (au Théâtre de l’Aquarium) avec de jeunes comédiens, issus de l’ERAC. Aujourd’hui, ce sont des élèves de l’Ecole du Théâtre national de Strasbourg que le metteur en scène dirige dans une nouvelle version de la trilogie d’Eschyle.

Pourquoi, 12 ans après l’avoir une première fois mise en scène, avez-vous eu envie de revenir à L’Orestie ?

Jean-Pierre Vincent : Parce qu’il s’agit d’un de nos plus grands chefs-d’œuvre, qui raconte d’une certaine façon l’histoire de l’humanité, ainsi que notre histoire du théâtre. C’est la seule trilogie athénienne qui nous soit parvenue dans son intégralité. Faire le voyage aller-retour vers cette œuvre, avec des jeunes gens d’aujourd’hui, me semble très important. Particulièrement à une époque, où il faut bien le dire, la mémoire flanche : la mémoire politique, la mémoire théâtrale, la mémoire en général… Il me paraît essentiel de charger ces jeunes acteurs de cela, pour la vie.

De quelle façon vous et vos interprètes vous êtes-vous emparés de cette œuvre ?

J-P. V. : Nous avons veillé à respecter absolument la pensée de L’Orestie, tout en la pensant aujourd’hui. Un des points très importants de notre projet a été, comme c’était déjà le cas il y a 12 ans, de partir de la version allemande sur laquelle a travaillé Peter Stein (ndlr, traduite en français par Bernard Chartreux), version à la fois très fidèle au texte grec et très concrète, qui donne de petits coups de main au public d’aujourd’hui pour qu’il s’y retrouve dans la mythologie et les références de ce temps-là. Mon but principal étant que les jeunes acteurs, évidemment, saisissent ce qu’ils disent, mais aussi que les spectateurs, quel que soit leur niveau de culture, comprennent tout ce que L’Orestie raconte.

« Créer L’Orestie, c’est tendre les bras vers le passé pour pouvoir imaginer un avenir. »

Que souhaitez-vous transmettre d’essentiel aux jeunes comédiens que vous mettez en scène ?

J-P. V. : Tout simplement quelques conseils pour être de très bons acteurs. Ce qui revient, finalement, à réussir à émouvoir les humains qui sont en face de soi, dans la salle, tout en les rendant plus intelligents qu’ils n’étaient avant le début de la représentation. Il faut ainsi mélanger la beauté, le savoir, la violence, la non-violence… : tout ce qui fait que l’on est encore l’humanité, même si, à bien des égards, on peut être pessimistes quant à l’avenir de l’humanité en tant que telle ! C’est pour cela que revenir à ce qui s’est passé au démarrage, au début de notre civilisation, me semble fondamental. Les jeunes acteurs et actrices du Théâtre national de Strasbourg ont d’ailleurs été très touchés de découvrir cet ensemble de trésors d’intelligence, de violence, d’émotions qui constitue L’Orestie.

Vous travaillez, depuis plus de 50 ans, à un théâtre profondément politique. De quelle façon pensez-vous que L’Orestie puisse agir sur la société d’aujourd’hui ?

J-P. V. : Faire du théâtre n’est, heureusement, pas tout à fait jeter une bouteille à la mer. Car le poème dramatique a un sens, on sait où il va, il nous entraîne quelque part. Et la politique n’est pas seulement la politique. La politique, c’est tout : chaque instant de notre vie est politique, même si l’on essaie aujourd’hui de nous faire croire le contraire. Créer L’Orestie, c’est tendre les bras vers le passé pour pouvoir imaginer un avenir. C’est envisager les erreurs que l’humanité a faites tout au long de l’Histoire pour essayer de les corriger.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

L’Orestie d’Eschyle, mis en scène par Jean-Pierre Vincent
du Vendredi 12 juillet 2019 au Mardi 16 juillet 2019
Festival d’Avignon
Gymnase du Lycée Saint-Joseph

à 14h. Relâche le 13 juillet. Durée : 5h avec entractes. Tél : 04 90 14 14 14.


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