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Avignon / 2026 - Entretien / Tg STAN
Après Poquelin, en 2003, et Poquelin II, en 2017, les tg STAN font le pari d’un nouvel assemblage moliéresque : 1, 2, 3 Poquelin porte haut l’art de l’acteur et parie sur la farce pour résister à la crise.
Pourquoi revenir à Molière ?
Jolente De Keersmaeker pour les tg STAN : Nous avons créé Poquelin en 2003, au temps de la guerre en Irak, dans une période pleine de violence où nous avions l’impression d’être réduits à l’impuissance. Nous voulions exprimer une forme d’engagement politique et, tout à coup, nous avons commencé à lire Molière. Nous avons alors compris que notre réponse à la violence de l’époque devait en prendre le contrepied : faire des blagues, jouer des farces, parier sur le burlesque à l’instar de celui qui en est le maître, et dont le comique a toujours un fondement de gravité. Dans toutes les pièces de Molière, la comédie indique, de manière incisive, l’endroit de la tragédie humaine. Nous avons trouvé notre outil pour dire quelque chose sur le monde, par le burlesque mordant, sans moralisme ni sentences prétentieuses sur l’horreur du monde ! Nous avons continué avec Poquelin II, et comme nous sommes de plus en plus entourés par la guerre, et que rien n’a vraiment changé depuis 2003, sinon en pire, nous avons décidé de monter cette troisième version, pour retrouver la brutalité, la radicalité, la finesse anthropologique de Molière, ainsi que sa capacité à donner des leçons de vie sans asséner de leçons de morale.
Pourquoi à Avignon ?
J.D.K. : Nous connaissons Tiago Rodrigues depuis trente ans. Nous l’avons rencontré lors d’un workshop au Conservatoire de Lisbonne. De cette rencontre magnifique est née une amitié fondée sur une véritable cordialité artistique, et sur un même questionnement sur la nature de l’acteur. Nous sommes un collectif de comédiens et nous jouons sans metteur en scène. Chez Molière, l’acteur est au centre de tout. On sent, dans son écriture, qu’il est lui-même acteur ; il écrit pour les comédiens. Il y a, dans son théâtre, une jouissance de la célébration de l’acteur. Après avoir discuté pendant des heures, dans cette démocratie miniature que nous formons, chacun, autour de la table, a dit la nécessité d’être là avec ces mots-là. Nous jouons donc à la suite : Le Mariage forcé, L’Avare, Le Malade imaginaire, Le Médecin malgré lui et Les Egotistes, un montage des Femmes savantes, des Précieuses ridicules et d’extraits d’autres pièces. Nous voulions, pour Avignon, une sorte de trop-plein : qu’on sente vraiment à fond ce qu’est l’écriture de Molière, dans toute sa richesse. Nous proposons donc au public de voyager avec nous dans le monde et la langue originale de Molière, dans une installation trifrontale à tréteaux, pensée pour la carrière de Boulbon. Tout est ouvert, transparent, les changements se font à vue, huit comédiens jouent 40 rôles pour quatre heures de jeu et une heure de pause, avec différents costumes et, comme on dit en flamand, « rien dans les poches » !
Propos recueillis par Catherine Robert
à 20h30 ; relâche les 15 et 20. Tél. : 04 90 14 14 14. Durée : 5h avec entracte.
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