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Avignon / 2026 - Entretien / Vanasay Khamphommala
Avec ses performances Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre et Songs of grief qu’elle présente au Mahabharata, le Bar du Festival, Vanasay Khamphommala offre des gestes fondés sur la recherche de la douceur et du regard.
Dans vos créations plateau, vous faites de la scène un espace non seulement de « transphormation du monde », comme depuis vos débuts, mais aussi de réappropriation de vos origines laotiennes. Comment est-ce le cas ici ?
V.K : C’est avec Je te chante une chanson que j’ai commencé ce travail. L’interrogation de nos modèles culturels que je pose avec cette performance vient en grande partie de ma lecture d’ouvrages d’ethnologie sur les pratiques musicales en milieu rural au Laos, où mon père est né. Mon père est aussi au centre de Songs of grief, où je me prépare à sa mort que j’anticipe comme une immense perte. En créant pour cela un rituel auquel je fais participer le public par la respiration et autres petits gestes, je place la culture laotienne au centre. Ces performances sont aussi pour moi un endroit d’affirmation de mon identité d’artiste femme trans et asiatique. Je souhaite renégocier la façon dont mon corps, dont nos corps queer et asiatiques sont regardés.
Est-ce là le sens que vous souhaitez donner à la reconnaissance de votre travail que représente l’invitation du Festival ?
V.K : Ce qui m’intéresse dans la reconnaissance, c’est l’économie du regard qu’elle met en jeu — la manière dont elle redistribue l’attention. Le Festival d’Avignon est traversé par des désirs de rencontre très puissants, comme tout espace de visibilité, avec ce qu’il rend possible, et ce qu’il laisse dans l’ombre. J’y travaille à un déplacement : sortir d’une logique de captation des regards pour faire advenir, avec le public, une expérience de co-présence réelle. Je suis heureuse de jouer dans le cadre du Mahabharata, dont la singularité fait écho à mes performances pour très petites jauges. J’aime à penser que dans l’économie générale du Festival, ces propositions offriront un temps de repos, de présence différente. Le défi en venant à Avignon est de préserver la douceur. C’est un véritable enjeu car toute institution génère des formes de violence, et le festival brasse une énergie immense.
Propos recueillis par Anaïs Heluin
Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre, les 14, 16, 18, 21 et 23 juillet de 20h à minuit. Durée : 12 mins.
Songs of grief, les 13, 17 et 19 juillet de 20h30 à minuit. Durée : 30 mins.
Tel : 04 90 14 14 14.
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