Le célèbre texte « Orphelins » de Dennis Kelly actualisé par Thibault Besnard
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Avignon / 2026 - Entretien / Alice Carré
Mêlant théâtre documentaire et fiction, Alice Carré imagine un polar écologique qui explore les crimes de l’exploitation forestière, le cynisme de la coupe rase et la violence des lobbies financiers.
« Ce polar forestier croise deux intrigues : l’itinéraire d’Alba, mon double fictionnel, qui hérite, comme ça a été mon cas, de quelques hectares de bois aux confins de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme, et la disparition d’un garde de l’ONF, militant pour la préservation des forêts. Alba découvre la question de la plantation des résineux, de l’exploitation forestière et de la standardisation des forêts pour répondre aux exigences de l’industrie, pendant que la gendarmerie enquête sur les suspects du lobby forestier et de la finance du greenwashing. Alba se rend compte que son père défunt connaissait ce militant forestier. La fiction s’appuie sur un important travail documentaire et mêle l’enquête identitaire et celle sur le monde de la forêt, ceux qui l’exploitent et ceux qui la défendent.
Le ton est volontairement décalé et humoristique ; les personnages, fantasques et comiques comme ceux des frères Coen. Je me suis amusée avec les codes du polar : dans notre époque politiquement plombée, je crois important de traiter des choses graves en inventant des formes amusantes pour le spectateur, des récits qui réorganisent la manière dont on présente le réel. Ainsi les suspects ne sont-ils pas les écoterroristes qu’on diabolise aujourd’hui, mais les véritables prédateurs que sont les entreprises de l’agro-industrie qui dévastent l’environnement, alors qu’existent des modèles alternatifs, comme celui de la sylviculture mélangée à couvert continu. J’ai croisé l’analyse écologique et l’analyse sociale : l’exploitation de la forêt façonne la société, tant parce qu’elle est une source de travail que l’occasion d’une spéculation et d’une financiarisation qui relèvent d’une vision catastrophique et appauvrissent les hommes et les sols pour enrichir les banquiers. Contribuer à ce débat par le médium théâtral est important. »
Propos recueillis par Catherine Robert
à 22h05, relâche les 10 et 17. Tél. : 04 84 51 20 10. Durée : 1h45.
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