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Avignon / 2026 - Entretien / Pierrette Dupoyet
Depuis plus de 40 ans, l’autrice, metteuse en scène et comédienne Pierrette Dupoyet transmet la flamme vilarienne avec une conviction sans faille, éclairant le parcours de figures plus ou moins connues mais toutes exemplaires par la puissance de leur engagement. Cette année, elle reprend deux de ses spectacles : Jaurès assassiné 2 fois et Les Caisses de la honte, ou Rose Valland, héroïne de l’ombre. Un théâtre profondément humaniste qui s’élève contre le fatalisme.
Qui est Rose Valland, cette héroïne quasi inconnue que vous sortez de l’oubli ? Comment mettre en scène son parcours exemplaire ?
Pierrette Dupoyet : Quand je raconte la vie de gens exceptionnels (Marie Curie, Jean Jaurès, Léonard de Vinci, Louis Braille, Sarah Bernhardt, etc), je me mets dans la peau d’un spectateur ignorant tout de la personne dont je vais parler. J’évoque donc l’enfance, le milieu dans lequel la personne a évolué, les moments décisifs de sa vie, les évènements qui ont fait d’elle un symbole d’espoir ou de courage. C’est le cas de Rose Valland dont la mémoire nous inspire respect et amour de la vie. La mise en scène est évolutive avec une constante : la présence du dessin, de la peinture et des œuvres d’art dont elle a la responsabilité au Jeu de Paume et qui, sous ses yeux, seront pillées par les nazis. J’ai rencontré Emmanuelle Polack historienne de l’Art, Jacqueline Barthalay, présidente de l’Association « La mémoire de Rose Valland », et Christine Vernay, petite cousine de Rose Valland afin de garantir la véracité des faits. Leur aide a été précieuse dans ma façon d’appréhender l’engagement de Rose afin de l’incarner sur scène. Cette femme a joué un rôle essentiel de résistance, elle a sauvé 60000 œuvres d’art spoliées par les nazis. Nous lui devons reconnaissance.
En quoi la figure de Jean Jaurès s’inscrit-elle dans votre lignée artistique, dans vos convictions ?
P.D. : Je m’intéresse aux grandes destinées, et plus particulièrement, aux êtres qui, par leurs écrits, leurs actes ou leurs combats, ont œuvré au progrès de l’Humanité. Jaurès, que j’évoque ici à travers la figure de sa femme Louise, que j’incarne, est de ceux-là. Il n’a eu de cesse d’améliorer le quotidien de ses concitoyens et avait une très haute idée de la politique. Rigoureux, audacieux, orateur hors pair, il a pris la parole pour défendre ceux que l’on écrasait, méprisait, humiliait. Comme Victor Hugo, il avait compris que c’est par l’éducation que le monde peut être sauvé. J’évoquerai ses discours, qui sont toujours d’une brûlante actualité, notamment sur la Jeunesse et la laïcité, ses lectures, son idéalisme et l’humilité qu’il a su garder même lorsqu’il a été poussé dans la lumière. Le spectacle, qui traverse la période située entre le 31 Juillet 1914 et le 29 mars 1919, date du procès de son assassin, évoque notamment ses courageuses positions pendant les grèves de travailleurs, lors de l’Affaire Dreyfus, ainsi que la création du Journal L’Humanité où il avait, à ses côtés comme rédacteurs Anatole France, Octave Mirbeau, Tristan Bernard, Léon Blum… Au-delà de la dimension politique, c’est à l’Homme que je souhaite rendre hommage.
Propos recueillis par Agnès Santi
à 11h20. Tél : 04 12 29 01 24. Durée : 1h15. Les Caisses de la honte
Avignon Off. Théâtre La Luna, 1, rue Séverine, 84000 Avignon. Du 4 au 25 juillet à 17h30. Tél. : 04 12 29 01 24. Durée : 1h15. Jaurès, assassiné deux fois !
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