« Revue », un solo de Sarah Adjou en bête de scène version cabaret
Avec ce solo, Sarah Adjou s’assume en bête de [...]
Invités pour la première fois au Festival d’Avignon, le si unique collectif du tgSTAN revisite Molière avec une folie jubilatoire. Plus de 4h30 du maître français à la sauce flamande pour une véritable fête théâtrale.
Poquelin en 2003, Poquelin 2 en 2017, et le collectif flamand rebat les cartes avec ce 1,2,3 Poquelin joué dans la carrière Boulbon à l’occasion du Festival d’Avignon 2026. À chaque fois, le principe est le même, le tgSTAN s’empare de pièces de Molière qu’il revisite, coupe, accélère, mélange et réinvente même parfois, tout en respectant les mots à la lettre, dont il fait parfois briller l’étrangeté avec une savoureuse jubilation. « Peste soit du fieffé », « pendard » prennent ainsi dans la bouche pleine d’accent belge de ces interprètes qui ne sont pas de langue maternelle française la teinte émerveillée de celui qui découvre qu’on a un jour pu utiliser de tels vocables. Et tout est dans le même registre dans ce 1,2,3 Poquelin. Molière y prend des couleurs à la fois traditionnelles et toute nouvelles. Théâtre de tréteaux puisque joué sur une estrade rectangulaire ouvert en trifrontal au public, souffleurs sur le côté, au micro et non pas cachés, grands chandeliers longuement hissés à la main à l’entame et vaste rideau de velours rouge en fond de scène, 1,2,3 Poquelin convie le siècle du Roi Soleil tout en poussant loin la veine farcesque de Molière. Les fameux coups de bâton sont ainsi délivrés à base de frites de piscine – clin d’oeil belge – et les interventions de Trissotin, le célèbre poète des Précieuses ridicules, prennent des allures d’orgasme théâtral, pour n’en donner que deux exemples.
Un plaisir presque enfantin
Le Mariage forcé, Sganarelle ou le cocu imaginaire, L’avare, Les égotistes – mélange maison des Femmes savantes et des Précieuses ridicules – et, après l’entracte, Le Médecin malgré lui et Le Malade imaginaire, les artistes belges ont donc pioché plutôt du côté des farces que des grandes comédies mais aussi privilégié quelques thématiques qui se répondent d’une pièce à l’autre. La peur d’être cocu, les pères autoritaires, la médecine… tissent des échos dans ce parcours protéiforme porté par des interprètes aux costumes improbables. Les classiques côtoient les pièces moins connues, on navigue entre vieux souvenirs et découvertes, la dimension morale bat en retraite derrière l’intention de faire rire mais c’est surtout le plaisir de jouer qui emporte tout. Avec leur manière si particulière de faire comme s’ils ne prenaient pas vraiment au sérieux ce qu’ils représentent, leur cabotinage qui n’empêche pas l’énergie, l’incessante sensation qu’ils réinventent leur interprétation à chaque instant et surtout, surtout, le plaisir presque enfantin qu’ils paraissent prendre à jouer en troupe – cela faisait longtemps qu’on ne les avait pas vu réunis à 8, pour une quarantaine de personnages – le tgSTAN, malgré un cadre surdimensionné pour un tel dispositif, nous embarque dans sa folie, sa joie et nous fait rire et prendre du plaisir comme des gamins.
Eric Demey
à 21h, relâche le 20. Tel : 04 90 14 14 14. Durée : 4h30 avec entracte.
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