Avec « Maintenant je n’écris plus qu’en français », Viktor Kyrylov, jeune ukrainien, partage son récit intime et touchant
Dans un seul-en-scène poignant, Viktor [...]
Coline Garcia a écrit pour Clémence de Felice un très joli et profond solo, où s’invite le corps politique de la gymnaste Nadia Comaneci comme instrument du pouvoir.
Le dispositif scénique est simple, l’espace est réduit, le lien au spectateur en proximité totale. C’est ainsi que l’on se plonge dans une histoire du cœur des années 70, lorsque le monde, médusé, découvrait les incroyables prouesses de Nadia Comaneci au J. O. de Montréal. Une « petite gymnaste de 14 ans » qui a fait tourner toutes les têtes, à commencer par le régime communiste de Ceaucescu. Clémence de Felice ouvre le spectacle par une marche mécanique, presque une mise au pas, glissant ça et là sa main contre sa bouche comme pour étouffer toute parole, mais offrant en contrepoint des passages au sol acrobatiques, ondulatoires, d’une grande souplesse. Aucun mal à l’imaginer en Nadia, figure qu’elle va faire vivre de différentes manières, alternant passages d’archives, prises de paroles, démonstrations acrobatiques, brandissement de pancartes… très librement inspiré de l’ouvrage de Lola Lafon La petite communiste qui ne souriait jamais, Coline Garcia parvient à lier le tout dans une dramaturgie qui nous tient en haleine et provoque réflexion et empathie.
Jusqu’à la révolte
On s’attache alors à cette petite, dont les conditions d’existence sont à elles seules résumées dans les photos d’immeubles décrépis qui figurent le décor. De vieux téléviseurs à tubes cathodiques nous diffusent des interviews, et c’est comme la revoir devant nous avec toute sa candeur. Candeur ? Justement, la mise en scène devient le révélateur de l’instrumentalisation dont a fait l’objet la gymnaste. Symbole de la « meilleure travailleuse », en vérité affamée (tout comme son peuple) et noyée sous les entraînements, elle fut surtout la meilleure propagandiste du régime totalitaire de Ceaucescu. Objet de tous les désirs, de toutes projections, son corps politique cessera d’exister à mesure qu’il se transformera à l’adolescence, jusqu’à l’exil. Coline Garcia nous montre alors un corps en révolte dans tout le poids de ses médailles, avide d’autres transformations, sociétales cette fois, quitte à finir dans une explosion de cendres.
Nathalie Yokel
à 20h, relâche le 14 et le 15 juillet. Tél. : 04 32 75 15 95. Durée : 45 mn.
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