François Cervantes et Catherine Germain présentent « Le Clown comme un poème » et offrent un moment de théâtre vertigineux et bouleversant
François Cervantes et Catherine Germain [...]
Grâce à un délicat théâtre d’objets qui donne vie à des Playmobils, Céline Delbecq nous immerge dans une histoire touchante au sein d’un établissement psychiatrique. Finement et précisément orchestrée, la partition nourrie de voix plurielles éclaire la nécessité de l’attention à l’autre.
Quelle délicatesse dans le spectacle de Céline Delbecq, mais aussi quelle acuité, vive, pointue, qui frappe juste, au cœur d’un endroit de soin, mais aussi d’un endroit d’abandon, de vulnérabilité. Un endroit que décrit Céline Delbecq, voix et interprète de tous les protagonistes, et qu’installe Isabelle Darras (en alternance avec Louison De Leu), dont la recherche artistique est notamment centrée sur l’objet et la marionnette. Bien délimité, le quotidien de ce lieu est filmé, projeté sur grand écran. Des playmobils représentent les personnages, et leur petitesse comme leur simplicité enfantine obligent à une forme de douceur, de précaution dans la manipulation. Dans cet établissement psychiatrique, qui n’est pas nommé, une fenêtre un peu fissurée donne sur une forêt, qui inspire la peur, qui sépare le lieu de l’univers de la ville. Y résident trois patients et une directrice affairée, qui court partout, qui remplit des rapports, qui se démène malgré des moyens insuffisants. Il s’agit pour elle d’empêcher le désordre, d’éviter le pire en réduisant les symptômes.
Dire contre le silence
Si la directrice a un emploi du temps millimétré, les pensionnaires eux prennent le temps d’observer, de dire ce qu’ils voient. Cette question du langage, essentielle dans la pièce, vaut par ce qui est dit autant que par ce qui ne l’est pas. Ainsi, on ne sait pas exactement ce qui a mené ici Claire Lagrange, enfermée dans son silence, qui peint avec des gestes lents. « On ne s’inquiète pas et puis boum » dit Madame Lagrange, mère de Claire, vague et incertaine. Claire est elle-même maman d’un petit Roméo, qui ne va pas bien. Jean et Silvia regardent Claire, s’interrogent, leur dialogue se décale des impératifs de rentabilité et autres qu’impose le fonctionnement de l’institution : « Se réjouir de voir une biche, c’est la moindre des choses ! » dit l’un d’eux. Le silence de Claire révèle l’ampleur de ce qui est tu, en lien avec la destruction que répand la guerre dans le monde. Limpide mais en rien naïve, profonde par son souci du détail, la partition théâtrale ainsi façonnée réussit à se faire puissamment révélatrice. Ici la petitesse replace au centre l’essentiel : la relation, le soin, l’attention. Et les mots pour l’exprimer.
Agnès Santi
à 12h30. Relâche le mercredi. Tél. : 04 90 14 07 99. Durée : 1h15.
François Cervantes et Catherine Germain [...]
« Je suis une fille de Birkenau et vous ne [...]
El Maestro dirige devant des musiciens [...]