« Oiseau », un texte de Han Kang porté par les voix d’Isabelle Huppert et d’ Hyeyoung Lee
Sous la direction de Julie Deliquet, Isabelle [...]
Une histoire d’emprise, un #Meetoo avant l’heure, mais également le portrait d’un homme torturé confronté à ses échecs et à sa finitude : voilà tout ce qui tient dans Hitchcock et Mary Rose. Fort bien écrite par Michaël Sadler et mise en scène avec efficacité par Christophe Lidon, la pièce est servie par une distribution superbe.
C’est Hitchcock comme on n’a pas l’habitude de le voir : pas le génie qui enchaîne les chefs-d’œuvre, mais le vieux réalisateur au soir de sa gloire, l’homme tourmenté derrière le mythe, le pervers qui tente d’abuser de son pouvoir. Et une histoire qu’on n’a pas l’habitude d’entendre : la façon dont il tenta de mettre sous son emprise l’actrice du film Les Oiseaux, Tippi Hedren, qui refusa ses avances et dont il brisa la carrière en représailles. C’est cet épisode glaçant que montre Hitchcock et Mary Rose, un titre qui semble indiquer que le sujet de la pièce est le réalisateur, mais dont l’héroïne se révèle être plutôt l’actrice. Mary Rose, d’après le film qu’Hitchcock voulut tourner après Marnie mais qui ne vit jamais le jour, et dont le scénario offre un aperçu dérangeant des obsessions qui animaient l’homme. La pièce, redoutablement bien écrite, fonctionne sur le principe du récit dans le récit : le huis clos d’une répétition dans une chambre d’hôtel permet de traverser un florilège de scènes de Mary Rose. La prédation sexuelle qu’Alfred inflige à Tippi se trouve ainsi mise en abîme avec le scénario du film, tiré d’une pièce écrite par J. M. Barrie, l’auteur de Peter Pan, à la fois fantastique et sombre.
Associer le vieux prédateur à l’artiste
La distribution est épatante. Éric Prat campe un Hitchcock complètement crédible, dévoré par d’étranges obsessions, inquiétant. Marjorie Frantz joue J.P. Allen avec finesse, une scénariste qui vient désamorcer la tension en maniant le second degré comme un scalpel. Mélanie Page, qu’on a un peu de mal à trouver crédible en jeune ingénue, impressionne quand elle campe une Tippi Hedren acculée au désespoir, qui trouve la ressource pour échapper à l’emprise du vieux réalisateur. La mise en scène, d’un grand classicisme, a indubitablement quelque chose de cinématographique, entre les couleurs saturées dignes d’un film colorisé et les lumières qui serrent habilement sur les personnages. Mais quel dommage d’avoir cédé à la tentation de projeter en fond de scène des images de synthèse, probablement faites avec une IA générative, qui viennent inutilement illustrer ce que le texte permet déjà d’imaginer. Cela tranche avec la scénographie sobre et élégante qui sert très bien ce texte intelligent qui mérite qu’on lui accorde toute son attention. À part ce faux pas, une pièce avec du fond, très bien interprétée, parfaitement recommandable.
Mathieu Dochtermann
à 16h20. Relâche le mercredi. Tél. : 04 88 60 72 20 ou 09 87 78 05 58. Durée : 1h20.
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