« Mon frère » de Christian et François Gremaud, une pièce sur la relation fraternelle mais aussi sur la dimension politique du combat des sourds
Avec son frère Christian, sourd de naissance, [...]
Petit bijou dans le Off : Virginie Lemoine exhume les conseils de savoir-vivre des années 60 inculquant silence, économie, devoir conjugal et abnégation aux femmes. Hilarant et bouleversant !
Plus de dix ans après la publication du Deuxième Sexe (on ne naît pas femme, on le devient !), on continuait d’enseigner aux femmes à rester à la niche : aux ménagères l’art d’accommoder les restes (selon les préceptes de sainte Ginette Mathiot), aux mères celui de ravauder les chandails pour transmettre les vêtements de marmot en marmot, et aux épouses celui, infiniment conforme à leur essence d’esclave domestique, de ne jamais poser de questions et de fermer les yeux en pensant à la France. Dépendante de son père jusqu’à devenir l’esclave de son mari, bonniche de ses frères avant d’être celle de ses enfants, la femme française respectable se devait de porter un tablier seyant en cuisine, d’être impeccablement coiffée et de tout faire pour assurer le confort du chasseur-cueilleur à son retour dans la grotte, après une journée de labeur. Préhistoire ? Non pas ! 1957, alors que Guy Mollet présidait le Conseil et que Moulinex promettait de libérer les jupons en leur offrant les auxiliaires électroménagers de la béatitude.
Restons frangines !
A partir des conseils absolument hallucinants d’un manuel de la jeune mariée des années 60, Virginie Lemoine compose un spectacle génial, où l’émotion rivalise avec la drôlerie, rappelant la situation d’asservissement faite au sexe qu’on disait faible, et dont on contrôlait les dépenses et les corps, la conversation et les études, le discours et le patrimoine, les distractions et les réjouissances. Sur scène, Florence Coste, Nouritza Emmanuelian, Mathilde Moulinat, Cloé Horry et Valérie Zaccomer sont magnifiques. Dans le beau décor de Grégoire Lemoine, éclairé et illustré d’images par Mehdi Izza, les comédiennes jouent, chantent et dansent, sur les musiques de Stéphane Corbin, qui les accompagnent en direct au piano, guidées par la chorégraphie drôle et tendre de Sharon Sultan. On rit beaucoup, mais on s’émeut tout autant, on enrage, on suffoque d’indignation et de pitié au récit du calvaire de ces femmes gelées, comme les décrit si bien Annie Ernaux, réduites à n’être que des corps, même quand elles savaient lire et aimaient la littérature ! Le texte de Virginie Lemoine est ébouriffant d’intelligence et de finesse, les comédiennes font preuve d’une exceptionnelle humanité, offrant une dignité remarquable à leurs personnages. Ce spectacle, joyeux malgré la gravité de son sujet, conjugue rappel de l’esclavage et appel au sursaut libertaire : une vraie merveille !
Catherine Robert
2026 à 13h45. Relâches les 9, 16 et 23 juillet. Supplémentaires les 6, 13 et 20 juillet à 10h. Tél. : 06 83 61 43 11 ou 06 83 61 43 60. Durée : 1h20. À partir de 12 ans. Réservations sur https://www.theatre-actuel-avignon.com/billetterie/
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