Johann Le Guillerm propose ses expérimentations utopiques, singulières et imposantes dans « Terces »
Johann Le Guillerm propose ses [...]
Olivia Algazi, Maurici Macian-Colet et Paul Sebastián Mauch réalisent un original, audacieux et très beau travail dramaturgique et théâtral autour de l’ondoyante Mata Hari et de la construction des identités.
Accusée d’avoir vendu des secrets militaires à l’Allemagne, elle mourut dans une ultime salve qui lava l’honneur de la France, son sang répandu sur une robe qu’elle avait choisie gris perle pour que s’y détache mieux la rosette de l’opprobre. La France aurait vu d’un très bon œil que celui du jour (puisque tel était, en malais, le sens du nom de scène de Margaretha Gertrude Zelle) trahisse gratis : mais elle en fit commerce avec le projet d’acheter une maison pour y soigner son dernier amant, blessé au front pendant la Grande Guerre. Qui tua-t-on dans les fossés de la forteresse de Vincennes ? Une amante dévouée ou une putain, la vérité nue du striptease ou la reine du mensonge ? Un être de fiction, à coup sûr, qui façonna sa propre légende en jouant du désir et des fantasmes des hommes. Curieux destin que celui de cet œil qui n’exista que dans le regard des autres…
Totus mundus agit histrionem
Olivia Algazi, Maurici Macian-Colet et Paul Sebastián Mauch ont imaginé une très belle et très intéressante mise en abyme autour de la figure de Mata Hari. Leur spectacle interroge les assignations identitaires et la propension sociale à vouloir enfermer les individus dans le rôle qu’on leur fait jouer, refusant d’admettre que tout humain est ce qu’il n’est pas et n’est pas ce qu’il est. Avec beaucoup d’esprit et une remarquable maîtrise des niveaux de jeu, Olivia Algazi incarne une comédienne qui se débat avec son personnage : elle est Mata Hari mais ne l’est pas, comme Margaretha Gertrude Zelle était et n’était pas la danseuse indonésienne dont Emile Guimet avait imaginé la forme pour donner vie à celles de son musée. Vanité et puissance de l’imagination, aurait dit Pascal : toute identité est costumée et dupe le monde, « qui ne peut résister à cette montre si authentique ». Le va-et-vient entre la salle et la scène, le dialogue avec le régisseur du théâtre, l’adresse au public alternant avec le refuge dans le texte : tout, dans ce spectacle millimétré, met le théâtre au service de ce paradoxe qu’on appelle être humain. Le spectateur lui-même joue au spectateur, complice de ce mentir-vrai qu’on appelle le théâtre et qu’on pourrait appeler la vie… La comédienne qui porte au plateau le résultat de cette passionnante recherche, est une remarquable maîtresse d’illusion, au talent fascinant.
Catherine Robert
à 19h15. Relâche le dimanche. Tél. : 04 90 03 01 90. Durée : 1h10. A partir de 13 ans.
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