Julie Denisse rend hommage à l’héroïne « Jeanne La Rebelle » portée par le texte de Joseph Delteil
Accompagnée du compositeur et accordéoniste [...]
Laure Werckmann adapte et met en scène le récit autobiographique de Marceline Loridan-Ivens (1928-2018), déportée à Auschwitz à 15 ans. Un spectacle finement ouvragé, alliant exigence et émotion, beauté et sincérité. Pour Marceline si passionnément libre.
C’est un travail d’une grande subtilité, d’une grande délicatesse qu’a accompli Laure Werckmann, qui avec sa compagnie désormais nommée Les héroïnes de la métamorphose éclaire des destins de femmes qui affrontent le tragique. La metteuse en scène nous offre un récit de vie et un récit de mort. Ou plutôt un récit de renaissance, malgré tout. Celui que raconte Marceline Loridan-Ivens, à près de 90 ans, lorsqu’elle se décide à ouvrir sa « valise d’amour », à relire les lettres qu’elle contient à l’aide d’une loupe, à retraverser sa vie depuis l’enfance. Elle qui fut une jeune fille de quinze ans puis une survivante qui n’est jamais complètement sortie du camp. Elle qui fut « la braise au milieu des cendres », une petite femme rousse, gauchère et juive, si grande et si forte par son désir d’aimer, par son désir indomptable de changer le monde dont elle a connu la pire noirceur. Activiste, actrice, scénariste, réalisatrice, elle filma notamment au Vietnam, en Chine, avec son amour Joris Ivens, célèbre documentariste. « Il n’y eut, après les camps, plus aucun donneur d’ordre dans ma vie. » dit-elle. Elle n’aura pas d’enfant, comme d’autres revenus des camps, dont les corps furent traumatisés par l’horreur nazie.
« Je suis une fille de Birkenau et vous ne m’aurez pas »
Sur le plateau, une actrice dans sa loge ajuste sa perruque puis devient Marceline, chez elle, entourée des chaises vides des disparus qui hantent à jamais son présent. Mireille Roussel l’interprète magistralement, au fil des époques et des identités qui se dédoublent. Accompagnée par les lumières de Philippe Berthomé, la belle et minimale scénographie signée par Angéline Croissant est structurée par quelques éléments qui peuvent faire écho à divers pans de réel, dans une forme de dialogue qui reflète celui qui s’exerce au cœur du récit. « Aujourd’hui encore je voudrais consoler cette jeune femme qui pleure (…) Je sais ce qu’elle ne dit pas, je sais depuis quel trou elle pleure, je sais qu’elle vit comme si elle allait mourir demain. » confie Marceline, une femme en lutte d’une rare franchise, repoussant le désir d’en finir. Le récit de Marceline est une victoire, un cheminement de conquête d’une portée universelle. Le spectacle l’est aussi.
Agnès Santi
à 18h20, relâche le jeudi. Tél. 04 32 74 18 54. Durée : 1h20.
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