« Rumba » au Théâtre des Doms : David Murgia sculpte la chair vive des mots d’Ascanio Celestini
Un comédien, un musicien, un récit pluriel. [...]
D’après trois romans autobiographiques de Laura Alcoba, la compagnie El Vaïvén (Astrid Albiso, Caroline Gleize, Juan Miranda à la mise en scène) signe une adaptation d’une grande finesse. Le récit d’une enfance volée entre clandestinité à Buenos Aires et exil en France.
Nous sommes en 1976, sous la dictature de Videla à Buenos Aires. Le père de la narratrice, engagé auprès des Montoneros, un groupe armé de résistants, est arrêté ; Laura et sa mère se réfugient dans une maison qui abrite, sous couvert d’un élevage de lapins, une imprimerie clandestine. Celle-ci permet de diffuser la revue Evita Montonera et ainsi de faire circuler l’information malgré le contrôle des médias. Cacher, mentir, ne jamais donner son nom de famille, tuer les lapins pour en faire des conserves et maintenir la couverture : c’est le quotidien de cette enfant de sept ans, consciente de la gravité de la situation sans en être jamais tout à fait préservée. La pression augmente lorsque la police argentine commence à fouiller les lieux, le réseau est en partie démantelé, les tueries et enlèvements se multiplient. La seconde partie du spectacle, consacrée à l’exil en France, à l’apprentissage du français, à la correspondance avec un père resté en prison, offre un contrepoint plus doux, parfois même drôle. La confusion d’une camarade de classe entre l’Argentine et une station de métro, le “robertito” pour nommer notre fameux dictionnaire, et les e muets qui la fascinent. Mais la légèreté n’efface jamais l’amertume de fond : celle d’une enfant qui grandit avec le poids d’une histoire qu’elle ne maîtrise pas encore.
“Pour oublier un peu il va falloir que je me souvienne “
Entourée de bâches blanches et de spots de chantier, Astrid Albiso porte seule ce texte avec une présence saisissante. Par un regard, un micro-geste, une inflexion de voix, elle bascule d’un personnage à l’autre avec une aisance qui force l’admiration. Un jeu de lumière et de filtres colorés fluidifie de manière intelligente la narration et les incarnations de la comédienne. Sa force réside dans le fait qu’elle ne cherche pas à jouer l’enfant : on sent qu’elle a habité cette histoire méconnue avant de la transmettre, et c’est peut-être ce qui rend son récit si incarné, si proche d’une confidence. La pièce rappelle avec douleur les meurtres, les suicides, les enlèvements d’enfants qui ne sauront jamais leurs origines. Une peine perceptible jusque dans les yeux brillants de larmes d’Astrid lors du dénouement. Le texte souligne que les morts ne sont pas les seuls à porter ces séquelles. Il reste les survivants, ceux qui doivent réapprendre à vivre ailleurs, dans une autre langue, qui ne pourront oublier mais qui devront avancer et faire mémoire.
Isaure Do Nascimento
à 12h30, relâche les mercredis. Durée : 1h. Tel : 04 90 25 58 19.
Un comédien, un musicien, un récit pluriel. [...]
Adaptation de trois romans autobiographiques [...]
Fidèle à son désir de revisiter les [...]