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François Cervantes et Catherine Germain jouent aux conférenciers pour tâcher d’élucider l’art du clown, et offrent surtout un moment de théâtre vertigineux et bouleversant. A ne pas manquer !
Le fond du jardin du Théâtre des Halles, sous les arbres, au milieu des oiseaux : comme le Poverello murmurant à l’oreille des animaux, ou comme Hölderlin, « en bleu adorable », cherchant un séjour authentique en ce monde, François Cervantes et Catherine Germain ne l’habitent ni en bâtisseurs ni en propriétaires. Ils ne font pas du théâtre pour asséner des réponses, cimenter des certitudes ou planter des drapeaux. Ils y sont installés en poètes. Dans notre époque qui semble tentée par le retour à l’obscur, lumière abolie et fraternité défaite, ils convoquent les fantômes qui peuplent nos histoires individuelles et celle de l’humanité. À leur tête, le clown Arletti, qui reconnaît la chance qu’il a eu d’apparaître dans le corps de Catherine et dans les mots de François. Ils sont nombreux, explique Arletti au public, à rêver de partager un verre d’eau et un baiser avec les humains qui ne les entendent pas, occupés à se divertir et refusant de poser la seule question qui vaille, hélas oubliée : celle de l’être.
Un poème, la chance d’un poème…
Deux chaises, une table ; un écrivain qui cherche, une comédienne qui ne prétend pas qu’elle a trouvé mais reconnaît qu’elle a su laisser la possibilité à Arletti d’advenir ; l’infinie douceur, la malice amusée, les sourires complices et l’éblouissante déclaration d’amour aux frères humains que tous trois appellent à converser avec eux et entre eux, en faisant l’éloge de l’altérité et de la relation. On peut être ébloui au théâtre : ici, on est éclairé du dedans de son âme. On reste pantois d’émotion devant la fascinante capacité de cette parole et de ses interprètes à réveiller ce qu’on devine être le meilleur en soi. Si ce spectacle raconte l’histoire de l’Entreprise, la compagnie de ces artistes, s’il raconte la naissance d’Arletti, s’il interroge la manière dont le théâtre explore la relation entre l’art et la vie, il est surtout l’occasion de retrouver en nous-mêmes les raisons viscérales de notre besoin des artistes. La question est aujourd’hui posée au politique qui semble ne pas comprendre que les réductions budgétaires n’entraîneront pas seulement l’amoindrissement de la culture, mais l’assèchement du poème. Pire encore : les clowns qui vivent au fond de chacun, fragiles et avides de partage, crèveront avant d’avoir vu la lumière. Entendre des artistes de cette envergure le rappeler dans l’or du soir qui tombe est poignant.
Catherine Robert
à 19h. Relâche les 8, 15 et 22 juillet. Tél. : 04 32 76 24 51. Durée : 1h05. A partir de 14 ans.
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