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Avignon / 2026 - Entretien / Kristina Chaumont
À partir de l’histoire de sa mère et de son expérience personnelle, Kristina Chaumont interroge la souffrance psychique et questionne les enjeux politiques de son traitement social.
« Quand j’ai eu six ans, ma mère a été hospitalisée et diagnostiquée bipolaire. Face à la souffrance et la violence qui la traversaient, la peur et le rejet m’ont d’abord éloignée d’elle. Mais lorsque, jeune adulte, j’ai essayé de l’aider et me suis à mon tour confrontée à l’institution, le jugement a fait place à la colère contre l’engrenage d’un parcours psychiatrique qui l’a isolée et privée de son travail, de ses amis, de sa fille. L’intériorisation de la honte et l’effritement de sa confiance en elle l’ont conduite à accepter que la vie ne soit qu’une pâle survie. Telle est la réalité sociale et politique de la souffrance psychique.
Une invitation à écrire de la part de Yannick Gonzales, guidée par les notions d’héritage, de commun, de rituel, m’a permis de donner corps à ce qui sommeillait en moi depuis trente ans. Un important travail documentaire a conforté mes intuitions et m’a fait rencontrer les alliés de cette amère prise de conscience : la psychiatrie relève plus du maintien de l’ordre que du soin. La réalité psychiatrique et sa souffrance sont tabous alors qu’ils nous concernent tous dans nos rapports à la vulnérabilité et à la normalité. Avec le public, nous quittons la salle pour partir à l’aventure et inventer une scène de soin idéale, pour que la rage laisse place à la réparation, à l’espoir et à la célébration collective du pas de côté. »
Propos recueillis par Catherine Robert
à 10h15, relâche les 10 et 17. Tél. : 04 90 82 39 06. Durée : 1h30.
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