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Avignon / 2026 - Entretien / Thibaut Besnard
Avec sa compagnie joliment nommée L’Invincible Été, Thibaut Besnard met en scène le huis clos troublant de Dennis Kelly. Après une catastrophe nucléaire, Louise et Mark sont enfermés dans un abri, coupés du monde. Puis, le doute s’installe… Après le succès d’Orphelins lors du dernier Festival Off d’Avignon, repris cette année, Thibaut Besnard met en scène cette implacable partition à la violence progressive.
Comment envisagez-vous cette partition autour de la survie ?
Thibaut Besnard : Une bombe a explosé et deux personnes, Louise et Mark, se trouvent dans une situation extrême de survie. La pièce commence au moment où ils arrivent dans l’abri et descendent l’échelle. Ce qui est intéressant n’est pas l’événement en soi, mais ce qu’il révèle, de manière progressive, au fil de subtils glissements. Dans nombre de ses pièces, et singulièrement dans celle-ci, Dennis Kelly évoque des situations extraordinaires d’une manière banale, dans une forme de réalisme ordinaire, très concret. Je trouve cela magnifique. Ainsi, en regardant évoluer les personnages, nous sommes empathiques car nous nous reconnaissons. Puis, lorsque le rire se dégrade, un malaise s’installe, amorçant un basculement lent, humain, vers une situation de manipulation, de domination, aux effets infinis sur le langage, le regard, le corps… La survie devient instrument d’emprise. On devient témoin d’un mécanisme qu’on aimerait pouvoir comprendre quand on le vit réellement…
Comment caractérisez-vous les deux protagonistes et leur relation dans votre mise en scène ?
T.B. : Marc est un personnage timide, un peu asocial, avec quelques traits légèrement masculinistes. Au départ il demeure relativement attachant. Il se pense lucide, figé dans la sincérité dans son récit. Louise est une personne entière, affirmant son avis, sa liberté, qui a discuté avec ce collègue de travail parce qu’elle est ouverte et sociable. Elle questionne, s’adapte, résiste, dans une force d’acceptation qui me touche. Nous nous amusons dans un premier temps à sur-accentuer légèrement leurs petites connivences, les traits de drôlerie grinçante. Nous jouons sur l’humour, l’absurde, l’étrangeté. Nous voulons perdre le public. Mark n’est pas un monstre facile à reconnaître, c’est un humain, monstrueux. Pendant des mois, nous avons effectué un travail très précis sur le corps afin d’opposer Louise et Mark, de rendre lisibles leurs singularités, la mécanique de la domination. Les scènes de violence s’inscrivent dans une partition chorégraphique rigoureuse. Antoine Robinet, présent dans Orphelins, interprète Mark ; Mina Gozan, qui est aussi chorégraphe et danseuse, incarne Louise. J’aime cette pièce qui n’enferme pas dans une lecture confortable, dans une justification facile. C’est un théâtre qui trouble, qui interroge fortement, bien au-delà du temps de la représentation.
Propos recueillis par Agnès Santi
à 15h. Tél : 04 90 85 23 23. Durée : 1h15.
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