La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon / 2026 - Entretien / Marion Siéfert

Marion Siéfert traque les nouvelles technologies, l’IA et le pouvoir du silence dans « Bunker »

Marion Siéfert traque les nouvelles technologies, l’IA et le pouvoir du silence dans « Bunker » - Critique sortie Avignon / 2026 Avignon Festival d’Avignon. La Fabrica
Marion Siéfert présente au Festival d’Avignon sa nouvelle création, Bunker CR : Matthieu Bareyre

La FabricA / Texte de Matthieu Bareyre et Marion Siéfert / Mise en scène de Marion Siéfert

Publié le 3 juin 2026 - N° 345

Toujours à traquer les effets des nouvelles technologies sur nos vies, Marion Siéfert crée Bunker autour d’un personnage dont le cerveau est directement relié à l’IA. Bienvenue dans un futur aussi probable que proche…

« Le personnage central de Bunker est un PDG d’entreprise pétrochimique qui a des implants neuronaux dans le cerveau. C’est une sorte de patron augmenté, un être comme Elon Musk et d’autres en rêvent, dont les implants permettraient une connexion directe et immédiate entre le cerveau et l’IA. Sa pensée a donc fusionné avec celle de l’IA, et sa logorrhée est, pour ainsi dire, l’ultime langage du capitalisme. Cet homme de pouvoir, nous avons choisi de le représenter terré dans son bunker de luxe, puisque c’est la tendance actuelle chez les ultra-riches. Il vit donc reclus dans sa bulle, et ne perçoit plus le monde à travers une expérience sensible mais seulement à travers des données qu’il gère et traite.

Retrouver le pouvoir du silence

La plupart des choses que nous décrivons dans la pièce existent déjà. Il suffit d’observer et d’écouter ce que racontent et font les libertariens de la Silicon Valley et d’ailleurs. Mais avec cet homme, dans ce huis clos, il y a sa mère et sa fille. Sa mère n’est présente qu’à distance, par la voix. Elle perçoit tout ce qui se passe dans le bunker mais n’intervient que pour le conseiller et lui donner son avis. Il est pour ainsi dire sous sa surveillance. Et sa fille, elle, a décidé d’arrêter de parler. Notamment parce qu’elle n’a plus confiance dans un langage dévoyé. Se couper de la parole lui permet donc de se préserver et de retrouver un certain pouvoir. Le silence, c’est une piste théâtrale que je poursuis ici avec Janice Bieleu qui, dans DU SALE !, dansait mais ne parlait pas. J’aime faire coexister plusieurs langages sur scène : le texte, le corps et la chorégraphie. Et si la question des nouvelles technologies est dans tout mon travail, j’essaie surtout d’observer ce qu’elles modifient dans nos manières d’être, dans les corps et le langage. Les outils du théâtre permettent de déplier beaucoup de choses à ce sujet. »

 

Propos recueillis par Eric Demey

A propos de l'événement

Bunker
du dimanche 19 juillet 2026 au samedi 25 juillet 2026
Festival d’Avignon. La Fabrica
11 rue Paul Achard, 84000 Avignon

Les 19 et 20 juillet à 11h, puis du 21 au 25 juillet à 18h, relâche le 22. Durée : 2h30.

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