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Sans l’aide d’un seul mot, uniquement à travers le langage du corps, le danseur-comédien d’origine russe Roman Zotov-Mikshin, exilé en République Tchèque, dénonce les violences faites aux prisonniers politiques. Saisissant plaidoyer contre la liberté bafouée, Perpetuum Havel frappe nos sens et nos consciences.
Il dort, se lève, enfile une combinaison, va aux toilettes, se brosse les dents, mange ce qu’on lui donne à manger, arpente sa cellule. Il bouge, tente de s’égayer, effectue de nombreux gestes, toutes sortes de mouvements, donne même parfois l’impression de valser. Il s’invente une existence vivable, essaie vaille que vaille de combler la vacuité de sa détention. Puis il retourne à son lit, se déshabille, avant de se lever de nouveau, de revêtir encore une fois son habit de détenu, d’aller aux toilettes, de se nourrir, d’être confronté comme chaque jour à la silhouette impassible de son gardien… Inspiré de Perpetuum mobile, pièce écrite par Václav Havel en prison à la fin des années 1980, mais aussi de témoignages de dissidents politiques de diverses nationalités, le spectacle conçu par le metteur en scène tchèque Petr Boháč nous place face à la douleur sublimée d’un homme enfermé pour ses opinions.
Un cri sans voix
Tout d’abord réglée comme du papier à musique, son existence se déséquilibre peu à peu, s’emballe, se détraque, se distord. Elle vrille jusqu’au grotesque, amenant le prisonnier aux limites de la raison. À la Manufacture, Roman Zotov-Mikshin interprète avec force cette partition corporelle traversée de musiques électroniques. Ayant lui-même dû fuir la Russie de Vladimir Poutine, le danseur-comédien exilé à Prague investit ici bien plus que sa ferveur d’artiste. C’est sans doute cette dimension intime qui confère à sa présence sur scène autant d’intensité sensible. Ce qu’il nous transmet à travers la représentation non verbale qu’il façonne dépasse le cadre de la simple performance. Perpetuum Havel est un cri sans voix, un appel à nos consciences pour que jamais n’aille de soi le joug des dictateurs et la privation de liberté.
Manuel Piolat Soleymat
à 15h55, les jours pairs. Tél : 04 90 85 12 71. Durée : 1h45, trajet en navette inclus.
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