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Avignon / 2026 - Entretien / Gwenaël Morin
Fin du cycle Démonter les remparts pour finir le pont avec Le deuil sied à Electre, celle qui obère l’avenir en refusant d’oublier le passé : Gwenaël Morin interroge la possibilité de nouveaux matins.
« Électre est celle qui décide de ne pas oublier et refuse d’avoir des enfants. La dernière des Atrides arrête volontairement la filiation, et condamne l’avenir en l’annulant, au nom d’une souffrance tellement grande qu’elle considère qu’elle lui donne tous les droits. Voilà la tragédie, désespérante et sublime : au nom de la vie, elle refuse de la transmettre. Et en conséquence, elle ferme le théâtre : nous n’avons plus rien à nous raconter. Elle vient dire : fin des histoires, fin du théâtre, je n’aurai plus la force… Ce n’est même plus la crise ; c’est la fin. Comment ne pas y voir une métaphore de notre actualité et de l’état d’une certaine forme de théâtre public, à bout de forces, à bout de moyens ? L’hypermnésie d’Électre est un ressassement statique qui indique tout le paradoxe du deuil. Le deuil est une dynamique de l’oubli, comme l’aube naissance efface la nuit. L’oubli propre au deuil n’est pas un aveuglement, mais ce qui permet de continuer à vivre avec ce qui a été vécu, même l’horreur, en en parlant, pour qu’elle cesse de nous détruire.
Le théâtre comme mausolée
Voilà, je crois, à quoi sert le théâtre, à quoi sert la culture : renouveler notre émerveillement face au jour qui vient, sachant que cet émerveillement est à préparer pendant la nuit. La culture, ce n’est pas se souvenir de tout, c’est oublier ensemble. Voilà comme je vois Électre, et le deuil comme un pont, comme une promesse de lendemain de la mort, la grandeur de la tragédie donnant un sens à la mort de l’autre. J’ai découvert le texte d’O’Neill comme une évidence pour raconter cela. Il l’écrit en 1931 et le situe au sortir de la guerre de Sécession, à une époque où les morts sont à ce point nombreux que les combattants ne savent plus pourquoi ils se sont entretués. La fin de la tragédie, qu’Électre vient clore, n’est pas promesse de paix, mais le triomphe de la bêtise sur les ruines du récit. Voilà pourquoi je termine cette année ce projet de démonter les remparts pour finir le pont, avec l’espoir que cet inachèvement est le signe que la vie, comme l’utopie, devront continuer. »
Propos recueillis par Catherine Robert
à 22h ; relâche les 10 et 14. Tél. : 04 90 14 14 14. Durée : 1h45.
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