La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -194-2e2m

PIERRE ROULLIER

PIERRE ROULLIER - Critique sortie Classique / Opéra
© E. Kongs

Publié le 10 janvier 2012

CROISER LES ARTS
ET CREER DES LIENS

PIERRE ROULLIER DIRIGE L’ENSEMBLE 2e2m AVEC UNE VOLONTE CONSTANTE DE PROSPECTION ET DE DECOUVERTE, ET UN INTERET SANS CESSE RENOUVELE POUR LES MIXITES ARTISTIQUES ET LES RENCONTRES ENTRE CREATEURS.

« On ne peut pas faire de la musique confinée, hors de toute perspective. » Pierre Roullier
 
L’Ensemble 2e2m fête cette année son quarantième anniversaire. Comment le vit-il’
Pierre Roullier : C’est finalement une chose qui est arrivée sans qu’on la voie venir ni qu’on s’y prépare vraiment ! Mais mesurer qu’un ensemble de création, qu’on pourrait imaginer vivre dans l’éphémère et la précarité, perdure et persiste au long des années, est une belle satisfaction. C’est notre résilience, pour employer un terme à la mode. Si l’Ensemble a traversé des époques différentes, il a su rester vigilant pour découvrir et faire connaître les compositeurs essentiels d’aujourd’hui, comme Pascal Dusapin ou Kaija Saariaho à leurs débuts. La force de 2e2m tient dans cette persistance, qui fait de lui un des acteurs majeurs de la création musicale en Europe. Une trentaine d’interprètes composent désormais l’Ensemble. Leur nombre change, évidemment, en fonction du dispositif des œuvres, mais la stabilité de l’équipe musicale est gage d’une sonorité, d’une complicité, d’une qualité de travail qui fondent la supériorité d’une interprétation.
 
Comment orientez-vous les choix musicaux de l’Ensemble?
P. R. : Avec toujours la même politique : installer un compositeur en résidence par saison, ce qui permet aux publics de mieux pénétrer et comprendre son œuvre. Pour sa saison parisienne à l’Auditorium Marcel-Landowski du Conservatoire à rayonnement régional de Paris, l’investissement de 2e2m sur le compositeur de la saison est maximal. Je reçois des centaines de partitions, des enregistrements, des vidéos, j’assiste à de très nombreux concerts, je fréquente les festivals, et, tout à coup, je découvre une nouvelle voix, qui m’intéresse. Si je ressens dans cette musique une nécessité à composer, quelle que soit son esthétique, je rencontre le compositeur pour approfondir son univers, le moteur de sa démarche et déterminer si je peux imaginer toute une saison autour de lui. Les compagnonnages naissent, se développent au fil des ans et créent le répertoire spécifique de l’Ensemble.
 
Pourquoi cette volonté de croisement entre les arts, si lisible dans votre programmation?
P. R. : La musique est une forme d’irruption artistique qui n’est pas isolée des autres : on ne peut pas faire de la musique confinée, hors de toute perspective. Après avoir choisi le compositeur de l’année, je cherche à inscrire son œuvre à l’intérieur d’une problématique artistique plus globale qui nourrit ma réflexion et mon envie, guide mes choix de programmation. En créant des liens avec la sculpture, le théâtre, la danse, le cinéma, la littérature, on fait exister une espèce de magma bouillonnant qui irrigue la saison. L’acteur de musique, qu’il soit musicien ou programmateur, se nourrit d’autres expressions que la musique. Cette saison, Ondrˇej Adámek, qui est tchèque, m’a permis de relire les philosophes, les écrivains tchèques, de découvrir le cinéma tchèque. Entre la référence tonale à Janácˇek d’un côté, et le travail mené par Adámek avec la plasticienne Charlotte Guibé pour la création mondiale du Painting sound inachevé, où le geste musical dialogue avec le geste pictural, le musical élargit son champ : les problématiques s’articulent, se croisent et, par leur rencontre, créent du sens.
 
Peut-on qualifier cette démarche de pédagogique?
P. R. : Pédagogique n’est pas le mot adéquat. Un concert forme avant tout un parcours qui construit du sens. L’essentiel est de parvenir à organiser les programmes en faisant en sorte que les pièces qui les composent proposent un chemin où tout arrive au bon moment. On peut écouter une œuvre d’aujourd’hui sans être un spécialiste : la musique n’est pas simplement destinée à ceux qui s’y connaissent ! On est touché, mais de façon plus directement intuitive. De même que l’on peut aller voir un tableau sans les commentaires d’Arasse, flâner dans une exposition avant de connaître Didi-Huberman ou regarder une photo sans Chevrier… Nous accompagnons aussi notre saison d’un petit livre à l’intérieur duquel le public peut trouver des pistes, des entretiens, quelques clés d’écoute et des résonances artistiques. Libre à chacun d’approfondir. à son rythme !

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement


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