La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -194-2e2m

ALEXIS FORESTIER

ALEXIS FORESTIER - Critique sortie Classique / Opéra
© D. R.

Publié le 10 janvier 2012

VACILLATION DANS LA CONTRAINTE

ALEXIS FORESTIER MET EN SCENE ESPECES D’ESPACES, SPECTACLE ADAPTE DU TEXTE DE GEORGES PEREC PAR PHILIPPE HUREL, QUI A EGALEMENT COMPOSE LA MUSIQUE DE CE JOURNAL D’UN USAGER DE L’ESPACE.

« Créer quelque chose essentiellement déterminé par la présence de l’Ensemble 2e2m. » Alexis Forestier
 
Comment avez-vous rencontré 2e2m ?
Alexis Forestier : Je ne les connaissais pas ; ce sont eux qui ont fait appel à moi. Mais la connivence, la sympathie et la complicité ont été immédiates. La rencontre, notamment avec Philippe Hurel, a été simple et évidente, dans le partage sensible de l’approche de ce texte. J’ai l’habitude de monter des spectacles dont je compose la musique ; ici, la perspective et la configuration sont complètement nouvelles pour moi : c’est la première fois que je monte un opéra à la musique élaborée et savante.
 
Comment présenter cette musique ?
A. F. : Philippe Hurel a lui-même adapté Espèces d’espaces et a choisi d’écrire une partition pour un acteur, une chanteuse et un haut-parleur. Le texte est pris en charge dans une logique parlée. La chanteuse interprète la partie lyrique et d’autres parties du texte sont prises en charge par le haut-parleur.
 
Et le texte ?
A. F. : C’est un texte qui s’inscrit dans la logique de Perec, qui consiste à fabriquer un réseau, chaque livre incorporant le précédent. Celui-ci s’inscrit dans ce processus d’écriture infini, et préfigure quelque chose de La Vie mode d’emploi. Différents lieux sont explorés, du plus proche et du plus quotidien au plus lointain : la page, le lit, la chambre, le monde, les mondes. Il s’agit de franchir des seuils, de parcourir l’espace dans cette logique de description et d’énumération systématique de ce qu’on ne regarde jamais car on n’y est pas – ou trop – habitué. La manière de Perec sort des conditionnements et réactive le regard, permettant le surgissement de l’inattendu. Il s’agit de déplacer sans cesse les logiques de notre perception. Jusqu’à ce que le lien devienne improbable, il y a un cheminement qui permet l’apparition de ce qui ne peut pas être pris dans la logique de la description et de la langue. Le travail de remémoration est également fondamental : il s’agit de révéler une espèce de mémoire commune qui permet à chacun de ressaisir des éléments de sa propre histoire, comme dans Je me souviens.
 
Comment concevez-vous votre mise en scène ?
A. F. : J’aimerais tenter une oscillation entre ce qui apparaît, dans la logique descriptive et la clarté d’énonciation, et son soudain basculement, son glissement vers quelque chose de moins appropriable, moins palpable. Sans doute dans une scénographie assez simple. Pour moi, la scénographie est toujours quelque chose qui se fabrique au plateau, même si elle est construite et assumée par les musiciens et les acteurs. J’ai l’habitude de faire des machineries élaborées mais précaires. On retrouve cette précarité chez Perec : cette logique de la survie m’intéresse beaucoup. Le guingois, la vacillation : c’est quelque chose qu’il introduit lui-même dans les systèmes d’énumérations, de listes, dans les contraintes d’écriture. C’est cette vacillation dans la contrainte que je veux retrouver, d’autant que la logique de la mise en place du projet interdit de parier sur une scénographie particulière, puisqu’il s’agit de créer quelque chose essentiellement déterminé par la présence de l’Ensemble 2e2m. Et j’ai un vrai désir de cela…

Propos recueillis par Catherine Robert

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