La Terrasse

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Jean-Louis Martinelli

Jean-Louis Martinelli - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 juin 2008

Entre Loches et l’Afrique

Jean-Louis Martinelli met en scène Les Coloniaux, d’Aziz Chouaki, hommage aux soldats coloniaux de la Grande Guerre, et Les Fiancés de Loches, une des pièces les plus surprenantes de Feydeau.

Quel est le sujet des Coloniaux ?
Jean-Louis Martinelli : C’est un texte qu’Aziz Chouaki a écrit, à l’occasion de commémorations à Verdun, sur la participation des Africains des colonies au conflit de 14-18. C’est un texte où il s’amuse à décliner plusieurs versions successives des raisons et des motivations possibles de la participation à cette guerre, de la lecture des Pieds Nickelés, au désir de sauver la France ou au fait d’avoir été raflé comme chair à canon. Quant à la forme, elle relève de l’art du conte et d’un théâtre qui pourrait se jouer sur des places publiques. On n’est pas dans le sociologiquement ou l’historiquement vérifiable mais dans un espace de fantaisie. Cela dit, ce spectacle peut avoir par contrecoup un effet pédagogique. Nombre de mômes de Nanterre ne connaissent pas l’histoire de leurs grands-parents et je crois absolument nécessaire que le répertoire mis en place ici prenne en compte ces parts-là de l’Histoire sans démagogie ni leçons compassionnelles.
 
« J’ai envie de montrer l’expression brute de la bêtise. »
 
Grand écart entre l’Afrique et Loches : pourquoi ce choix de monter Feydeau ?
J.-L. M. : Ça fait plusieurs années que j’avais envie de réunir une bande d’acteurs pour travailler cette matière dramaturgique et j’ai choisi cette pièce basée sur un système de quiproquo qui se termine dans un hôpital psychiatrique. Deux trios s’opposent : trois provinciaux de Loches montés à Paris pour se marier et trois bourgeois parisiens. La pièce joue des rapports de classes, Feydeau renvoyant tout le monde dos-à-dos et écrivant une pièce très cruelle où tout le monde en prend pour son grade. Cela dit, je me méfie des discours sur Feydeau qui ont tendance à le faire passer pour plus grave qu’il n’est. Le spectateur peut sortir de la représentation en trouvant que sa vision de l’humanité est très noire mais je suis là, pour ma part, non pour commenter la pièce mais pour la monter. J’ai envie de montrer l’expression brute de la bêtise et de tenter d’approcher la notion de burlesque. C’est la machine narrative qui provoque la déflagration chez Feydeau. Il n’y a pas à alourdir la situation. Il faut trouver une forme de rapidité et d’élégance qui aille aussi vite que l’écriture.
 
Propos recueillis par Catherine Robert


 
Les Coloniaux, d’Aziz Chouaki ; mise en scène de Jean-Louis Martinelli. Du 7 janvier au 13 février 2009 à 20h30 ; le dimanche à 15h30 ; relâche le lundi. Les Fiancés de Loches, de Georges Feydeau ; mise en scène de Jean-Louis Martinelli. Du 28 février au 11 avril 2009 à 20h30 ; le dimanche à 15h30 ; relâche le lundi.

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