La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Focus -199-Chaillot, saison 2012/2013

DIDIER DESCHAMPS

DIDIER DESCHAMPS - Critique sortie Théâtre

Publié le 10 juin 2012

L’ART EN PARTAGE…
ET L’ART DU PARTAGE

Depuis un an, Didier Deschamps dirige le Théâtre national de Chaillot et défend la qualité nourrissante et stimulante de l’art.

“L’une des clés
d’une société épanouie
est de favoriser
la circulation.”
Didier Deschamps
 
Jean Vilar aurait eu 100 ans en 2012. Comment vivez-vous cet anniversaire au sein du Théâtre de Chaillot, qu’il dirigea de 1951 à 1963 ?
Didier Deschamps : Les combats et les réflexions de Jean Vilar continuent en partie d’alimenter le sens de nos activités. Nous avons voulu raviver sa mémoire, avec un spectacle, une lecture et une exposition, et en imaginant une édition exceptionnelle de Bref, la revue distribuée à l’époque au public du Théâtre de Chaillot. Des artistes d’aujourd’hui y ont participé, et mettent en perspective la référence vilarienne. Ils interrogent ainsi la création artistique et son partage par le plus grand nombre. Cette question est au cœur de nos préoccupations. Qu’est-ce que cela signifie pour les modes de production et de diffusion, pour les processus de création ? Où doit-on repousser les freins, afin de rendre possibles les choses alors même qu’un contexte économique et idéologique inciterait à se réfugier dans d’autres pratiques ? Les problématiques demeurent sensiblement les mêmes qu’hier.

Comment appréhendez-vous la réalité du théâtre de Chaillot, monument historique emblématique de la culture en France ?
D. D. : Il est nécessaire que vivent des lieux emblématiques de rassemblement, des lieux d’exception – sans prétention aucune ! -, dans de beaux endroits. La population qui a des difficultés à accéder à l’art a envie de venir voir de belles choses et pas seulement qu’on aille dans leurs quartiers. Je suis convaincu que l’une des clés d’une société épanouie est de favoriser la circulation, la mixité ; lorsqu’on ghettoïse les gens par blocs, par antagonismes, c’est la pire des destinées qu’on prépare. A cet égard, le site même de Chaillot porte une responsabilité. On doit se poser des défis, penser et organiser l’adresse au public ainsi que les conditions de son séjour au théâtre, réactiver les dispositifs. L’art interroge, dérange, fait naître des émotions, des sensations, des réflexions, sa mise en œuvre, incroyablement joyeuse, peut s’inscrire dans l’histoire d’une tradition ou dans un monde de croisements, d’articulations, de frottements. C’est passionnant pour les artistes et pour le public !

Qui sont les artistes en résidence pour la saison prochaine ?
D. D. : Différents dispositifs existent. Une résidence d’artistes internationaux accueille le tunisien Fadhel Jaïbi, qui va déployer son travail sur trois saisons, avec deux créations dont une en coproduction avec le Piccolo Teatro. Sa prochaine création, Tsunami, à la fois analyse et alerte, évoque son inquiétude très vive après le printemps arabe. Trois autres résidences se déclinent sur deux saisons. David Bobee présente Roméo et Juliette, et une création, Hamlet. Alban Richard, chef de l’ensemble L’Abrupt, propose Pléiades. Daniel Doebbels, spécialiste des arts visuels, témoin talentueux de l’ouverture et de la conjugaison avec d’autres formes, nourrit ce lieu de son regard et sa réflexion. Avant l’été, nous allons réaliser des travaux pour leur mettre à disposition un ensemble d’outils indispensables, en termes de studios, bureaux, lieux de vie. José Montalvo, chorégraphe permanent à Chaillot, présente sa nouvelle création. Deux festivals structurent aussi la saison, Sur les Frontières et La Biennale d’Art flamenco. Arpad Schilling questionne notre société et sa jeunesse dans Noéplanète, Les artistes en résidence – et d’autres – prennent une part importante à “L’Art d’être spectateur”, ce qui signifie être innervé, traversé par le travail, la sensibilité et l’expérimentation des artistes, avec tout ce qu’ils amènent dans leurs bagages. Diverses esthétiques et démarches se répondent et résonnent, à travers 53 spectacles. Le temps de la représentation a toujours un caractère inouï, miraculeux. Dans nos métiers, le pragmatisme et le rêve se conjuguent pour permettre à l’art d’exister !

Propos recueillis par Agnès Santi

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