L’adaptation fidèle du roman « Charlotte » de David Foenkinos par Thierry Surace exalte la force de vie de cette personnalité hors du commun
La compagnie Miranda reprend son adaptation [...]
Le roi, le bandit, le vieillard : trois planètes gravitent autour de Doña Sol, le soleil d’Hernani. Edouard Dossetto adapte et met en scène le phare du romantisme comme une mécanique céleste.
Pour retrouver l’élan de la jeunesse qui porta Hugo aux nues et, lors de la bataille de février 1830, usa de l’invective et du gilet rouge pour pourfendre l’ordre ancien des vieux dictionnaires et nettoyer l’art de la poussière académique, Edouard Dossetto transpose le drame romantique dans le milieu du grand banditisme. Sa version révèle un Hernani de cuir vêtu, une grande d’Espagne en sweat à capuche et un roi d’Espagne à la crinière léonine. Meubles et accessoires rappellent que l’intrigue a lieu dans des chambres aussi imposantes que les sentiments de ceux qui les habitent ; les personnages ont la sensualité et la force d’une jeunesse batailleuse, qui préfère la mort à la compromission politique. Honneur, amour et pouvoir sont les ingrédients de la tragédie, qui commence dans le sang et se termine avec le poison.
Par la mort la jeunesse est saisie
Hernani, jeune noble qui s’est fait bandit, aime et est aimée de Doña Sol, nièce du duc Ruy Gomez de Silva. Mais le roi aime aussi Doña Sol, et se comporte en soudard jusqu’à céder quand il acquiert le titre d’empereur et la magnanimité qui sied à cette fonction. Hélas, le jour du mariage, un ancien serment rattrape Hernani qui se suicide, entraînant Doña Sol dans la tombe. Interphone, laser et duègne déguisée en technicienne de plateau, cendres de Charlemagne répandues par l’impatience d’un empereur grand par le vote et non par le charisme et dont la clémence relève du calcul ; mais aussi coffret ouvragé pour ranger le poignard de la menace, et chaises en tapisserie pour accueillir les aristocrates séants : les époques se mêlent pour rendre compte de l’entrelacs des affects que la troupe réunie par Edouard Dossetto incarne avec une touchante sincérité. Le vieillard, qui n’a de respect que pour ses ancêtres et préfère la parole donnée au respect des serments, l’emporte à la fin : victoire du ressentiment sur l’amour. Comme le remarquait Stendhal à propos de la manière dont les Romantiques se sont nourris de Shakespeare : tout est dans « l’art de donner à nos contemporains précisément le genre de tragédie dont ils ont besoin ». Edouard Dossetto, en suivant les pas de Victor Hugo, s’y emploie à son tour.
Catherine Robert
à 20h45. Relâche les 9, 16 et 23 juillet. Tél. : 04 12 29 01 24. Durée : 1h10.
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