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"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon / 2026 - Entretien / Delphine Minoui

Delphine Minoui adapte « Badjens », son vibrant roman sur la révolte d’une adolescente iranienne

Delphine Minoui adapte « Badjens », son vibrant roman sur la révolte d’une adolescente iranienne - Critique sortie Avignon / 2026 Avignon Avignon Off. Le 11. Avignon
© Bénédicte Roscot Delphine Minoui, journaliste, écrivaine et metteuse en scène

Le 11 • Avignon / texte et mise en scène Delphine Minoui

Publié le 31 mai 2026 - N° 345

Journaliste et écrivaine franco-iranienne, Delphine Minoui choisit diverses formes de narration pour faire écho au réel. Elle propose une adaptation théâtrale de son ardent monologue Badjens (« effrontée » en persan), vibrant roman d’émancipation dans lequel elle se glisse dans la peau d’une adolescente iranienne qui se révolte. Une adolescente parmi une foule d’autres. 

Qu’est-ce qui vous amenée à écrire ce roman ?

Delphine Minoui : Au-delà de mon travail de journaliste, j’ai toujours aimé embarquer mes lecteurs dans des aventures humaines à travers diverses formes de narration. L’art permet de transcender les données issues du réel, de les partager d’une manière différente. J’ai été bouleversée par la mort de Mahsa Amini en 2022, puis par la rébellion impressionnante de toutes ces filles iraniennes, souvent très jeunes, qui ont eu le courage de sortir dans la rue en clamant le slogan « Femme, Vie, Liberté ». J’ai voulu comprendre ce qui pousse une jeune adolescente de 16 ans à marcher jusqu’à la mort quand elle défend le droit à la vie. N’ayant pas de réponse, il fallait que je me mette dans la peau de l’une d’elles. J’ai écrit ce texte presque comme un seul souffle, dans cette idée d’un cri timide et étouffé qui finit par jaillir.

« J’ai voulu comprendre ce qui pousse une jeune adolescente de 16 ans à marcher jusqu’à la mort quand elle défend le droit à la vie. »

Comment avez-vous procédé ?

D.M. : J’ai tissé un lien avec une dizaine d’adolescentes à travers l’Iran. J’ai aussi beaucoup enquêté sur les réseaux sociaux, qui constituent leur langage. À titre posthume, j’ai retrouvé des textes, des journaux intimes de ces filles désormais mortes. J’aurais pu rester dans une veine journalistique avec une sorte de récit choral, mais j’ai préféré me glisser dans la peau de cette jeune fille, vibrer avec ses tripes, regarder l’événement droit dans les yeux, depuis sa naissance, et même avant. Ainsi apparaissent le rapport au pouvoir, mais aussi le rapport au père, à la mère, à son corps qui change. La génération Z est à la fois nourrie de la propagande religieuse nationaliste de la République islamique, mais aussi de toute cette culture qu’elle découvre grâce au monde virtuel des réseaux sociaux. Badjen se nourrit de rap iranien clandestin et de la poésie iranienne que lui transmet sa mère.

À quel moment avez-vous pensé à mettre en scène ce texte ?

D.M. : L’écriture très visuelle, très directe, s’inscrit d’emblée dans l’oralité. Les éditions du Seuil ont ainsi réalisé un livre-audio, pour lequel j’ai choisi la voix d’Alice Rahimi. Née à Paris et d’origine afghane, elle aussi est nourrie de ces combats vitaux contre l’effacement. En lisant le texte, elle l’incarnait déjà. J’ai demandé à la chanteuse Hura Mirshekari – en alternance avec Fiona Sanjabi – de nous accompagner, ainsi qu’au guitariste et DJ Renaud Satre, qui crée un paysage sonore irrigué d’archives que je lui ai transmises. Le chant de Hura en persan incarne la voix interdite, intérieure. À partir de cette dualité, j’ai tissé un projet multidisciplinaire, en jouant sur les différentes identités de Badjen. La vidéo signée par Ralph Moussa donne à voir ce que l’adolescente imagine : les introspections, les rêves, les désespoirs, l’évasion. Dans un pays sous le joug de la censure où tout est interdit, qu’est-ce qu’il reste ? L’imaginaire.

Quel est votre regard sur l’actualité ?

D.M. : Le propos de ce texte, c’est d’abord ne pas oublier les Iraniens et les Iraniennes. Dans le tourbillon de la répression et de la guerre, les femmes, les hommes, les enfants sont réduits à des chiffres. Les 8 et 9 janvier dernier, plus de 30000 personnes ont été assassinées. Badjens réinjecte de l’humain dans la tragédie. Il y a chez les femmes iraniennes une force de résistance et de résilience, une bouleversante sororité où pointent aussi l’irrévérence, l’humour, l’amour de la culture, l’attachement à leur pays. Sur le tombeau de Mahsa Amini, ses parents ont écrit : « Tu n’es pas morte, ton nom est devenu un mot de passe ». Un mot de passe vers la fin du régime…

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Badjens
du samedi 4 juillet 2026 au jeudi 23 juillet 2026
Avignon Off. Le 11. Avignon
11, boulevard Raspail, 84000 Avignon

à 22h05, relâche les 10 et 17. Tél. : 04 84 51 20 10. Durée : 1h15.

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