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Dans Bang Bang, Manuel Roque choisit de confronter la danse à son seuil de résistance. Et les interprètes à leurs limites…
Sur un plateau nu, saturé de lumière, sans décor ni refuge, deux interprètes — Nils Levazeux et Raphaëlle Rennuci, qui reprend ici le rôle pour la première fois — avancent dans une partition physique d’une sobriété radicale. Un battement électronique, régulier et profond, impose un tempo auquel les corps doivent se plier au sens propre comme figuré : Le premier geste, un squat répété sans relâche, installe la durée comme matière première. Peu à peu, le souffle se transforme, la chaleur monte, le corps commence à se marquer. De ce socle émergent des micro‑déplacements : piétinements, rebonds, glissements latéraux. Rien de spectaculaire, mais une obstination qui modifie la perception du mouvement. Le saut, d’abord discret, se développe comme une onde interne, un vibrato qui traverse les danseurs et finit par structurer l’espace. Roque travaille la répétition comme une forge : le geste se polit, se déforme, se réinvente sous l’effet de l’endurance.
De l’outil à l’instrument
À mesure que la partition progresse, la mécanique se fissure. De nouveaux motifs surgissent, empruntant parfois au vocabulaire classique. Le rythme binaire se charge alors de contre‑temps, de syncopes, de variations qui donnent au mouvement une densité nouvelle. Le corps, poussé dans ses retranchements, cesse d’être un outil pour devenir un instrument… de musique. La répétition, loin d’un exercice, devient une expérience sensorielle où l’identité semble vaciller. Puis survient une suspension : faut‑il céder ou repartir ? Roque choisit la relance. Les sauts se déploient alors avec une ampleur nouvelle, comme si le corps, après avoir été éprouvé, trouvait une autre manière de se projeter. La fin glisse vers une zone plus douce. Dans une pénombre apaisée, les deux danseurs esquissent des ondulations ténues, presque murmurées. Bang Bang s’impose comme une traversée radicale où la danse qui ne cherche pas l’effet, révèle la vérité du mouvement.
Agnès Izrine
à 13h20. Relâche le 15. Tél.04 90 82 33 12. Durée : 50 minutes. Duo en alternance (Manuel Roque, Raphaëlle Rennuci, Nils Levazeux).
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