« Malmus », l’écriture hip hop de Brahim Bouchelaghem
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En orfèvre de la mise en abyme et du tuilage, Eric Jean adapte le roman de Simon Roy, lui-même habité par The Shining, de Stanley Kubrick. Une prouesse kaléidoscopique et fascinante.
Comme un trou noir supermassif, la mort occupe le centre de la galaxie spectaculaire imaginée par Eric Jean. Impénétrable, quasi indicible, elle est le pivot autour duquel tournent les angoisses des personnages. Agonie et trépas de la mère, dans le roman de Simon Roy, folie de Jack Torrance, l’écrivain qui bascule dans l’horreur meurtrière au cœur du huis clos de Stanley Kubrick, démence criminelle de Charles Grady, qui hante encore l’hôtel Overlook. La pièce d’Eric Jean est, comme le suggère, en anglais, le nom du lieu des crimes, un belvédère d’épouvante, depuis lequel se déploient les visions qu’offre le « shining », ce don fulgurant qui permet de circuler entre les événements, de faire parler les morts et de réorganiser le temps. Le remarquable travail d’adaptation scénique atteste qu’Eric Jean est lui-même doté de ce pouvoir : à preuve l’aisance avec laquelle le spectacle circule entre les époques.
Le théâtre, sorcier des passions
Julien Blais, à la conception vidéo, Arthur Champagne, à l’environnement sonore, et Cédric Delorme-Bouchard, à la lumière, conjuguent leurs talents pour soutenir ce voyage théâtral à travers les œuvres et les récits. Nico Racicot et Marc-Antoine Sinibaldi sont semblables à des golems, changeant de forme selon les lettres qui les animent, les textes dont ils s’emparent, les personnages qu’ils incarnent. Avec une fluidité époustouflante, ils caracolent entre les strates narratives, les costumes de Marie-Audrey Jacques et la scénographie d’Eric Jean et Thomas Lapointe leur offrant de changer d’identité et de point de vue en un tournemain. Une œuvre d’art peut-elle façonner notre rapport au monde ? Telle est la question à laquelle s’attache Eric Jean avec ce spectacle, évoquant les épisodes meurtriers de l’histoire américaine et la manière dont la littérature a pu les anticiper, les prédire, voire les prévoir. Bel hommage, en acte, aux pouvoirs de l’art et à ceux du théâtre, pythie et consolation de nos destinées hasardeuses.
Catherine Robert
à 22h25 ; relâche les 10 et 17 juillet. Pas de résa par téléphone / sur place ou https://theatredutrainbleu.fr. Durée : 1h05. A partir de 16 ans.
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