Steve Suissa porte à la scène « La Rencontre »de Charles Pépin, vibrant éloge de l’altérité
En ne prenant pas le risque de la rencontre, [...]
Le collectif Superamas revient à Avignon avec une conférence-performance solo qui décrypte autant les raisons du bonheur danois que celles du mauvais classement français. Un récit ironique et politique qui éclaire avec humour l’importance de l’organisation de la vie collective.
« Vivre heureux, tout le monde le désire, mais pour voir clairement ce qui fait le bonheur, c’est le brouillard » dit notre conférencier en paraphrasant Sénèque… Résultat d’une enquête ethnographique de 15 ans, le spectacle a pour but de nous éclairer sur cette visée humaine essentielle, abondamment commentée par les philosophes comme par les coachs spécialisés, et même à l’occasion inscrite comme « droit inaliénable » par l’instance politique. Quel est l’objet d’étude spécifique de cette étude de terrain ? Le Danemark, dont 92% des habitants se disent épanouis, contre 60% en France. Année après année en tête des classements mondiaux sur le bonheur, le Danemark est un pays heureux, et il s’agit ici de tenter d’expliquer les tenants et les aboutissants d’une réussite aussi éclatante. Qui est le conférencier ? Anonyme comme tous les membres de Superamas, la personne qui l’incarne fait partie du collectif fondé en 1999, aujourd’hui basé à Amiens, qui a déjà présenté à Avignon L’Homme qui tua Mouammar Kadhafi (2021) ainsi que Bunker (2024), sur la mécanique complotiste. Atout majeur pour décrypter les raisons du miracle danois, il se trouve que le conférencier vit avec une Danoise depuis plusieurs années…
Plaidoyer pour une bonne gouvernance
Quoique donnée dans un environnement réaliste, avec pupitre et écran, la tonalité de la conférence n’est cependant guère académique. Teinté d’ironie et d’humour, le récit expose les clichés et les a priori pour mieux en jouer et les déconstruire, tout en initiant une analyse comparative avec la France et les Français, ces fameux « Gaulois réfractaires ». Petit à petit, appuyés par des extraits vidéo où apparaissent les paroles et avis de plusieurs autochtones, des bribes de vie quotidienne ou des slides argumentées, des facteurs explicatifs s’affichent. Tels des relations horizontales à l’école ou au travail, l’État providence très présent, l’ascenseur social qui fonctionne, la confiance collective… Soit un modèle de société, bien au-delà du hygge, attitude feel good à la danoise. Finalement assez sobre, s’appuyant sur peu d’effets spectaculaires ou théâtraux, la performance ludique et politique convainc parce qu’elle est portée par le cours facétieux du récit, le jeu du comédien, ainsi que par les images bien ajustées qui lui font écho. Sans esprit de sérieux, l’écriture qui croise savoir, réflexion et humour souligne avec netteté l’importance des choix politiques qui déterminent l’organisation sociale. À méditer…
Agnès Santi
à 11h40, relâche les 10 et 17. Tel : 04 84 51 20 10. Durée : 1h20. Spectacle vu au Théâtre de Belleville.
En ne prenant pas le risque de la rencontre, [...]
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