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Avignon / 2026 - Entretien / Daria Deflorian
Adaptant pour la deuxième fois un roman de l’écrivaine sud-coréeenne Han Kang, Prix Nobel de littérature en 2024, Daria Deflorian livre avec Che dolore terribile è l’amore un spectacle mêlant l’Histoire, le rêve et la réalité.
C’est la deuxième fois que vous adaptez pour la scène un roman d’Han Kang…
Daria Deflorian : Absolument. Je suis encore en tournée avec La Vegetariana, que j’attaque déjà les répétitions de Che dolore terribile è l’amore, inspiré d’Impossibles adieux d’Han Kang. Cette auteure m’a rappelé l’importance de l’imaginaire et des rêves, dimensions que j’avais un peu laissées de côté lors de mes travaux précédents, davantage tournés vers l’autobiographie et la vie concrète. Impossibles adieux m’a également beaucoup touchée parce que ce roman mêle une histoire intime et le récit d’un massacre historique, tout en conservant une dimension onirique. Le massacre de Jeju (1948) a eu lieu au moment de la séparation des deux Corées, sur une île de 300000 habitants qui s’est soulevée notamment contre la bipartition du pays et a vu sa population largement massacrée. Ce sont des événements qui jusqu’à peu ont été passés sous silence en Corée.
Quelle place tiennent ces événements dans votre spectacle ?
D.D. : Le roman de Han Kang n’est pas du tout linéaire, il fait des aller-retours dans le temps. Pour ma part, je concentre l’action en un seul lieu et sur une seule nuit. Suite à un rêve, Gyungha et Inseon, qui habite sur l’île, voulaient réaliser ensemble un projet en mémoire du massacre de Jeju, mais sans pouvoir trouver le temps. Un jour, Inseon a un accident et elle est rapatriée à Séoul. Gyungha accepte d’aller en urgence nourrir un oiseau chez son amie. Mais une fois sur place, elle la retrouve dans son atelier de menuiserie, comme si elle n’avait pas eu d’accident. Bientôt, le fantôme de la mère d’Inseon vient à son tour se mêler à leurs retrouvailles, si bien que petit à petit il devient difficile de distinguer le rêve de la réalité.
Vous avez intitulé votre spectacle Che dolore terribile è l’amore, pourquoi ?
D.D. : Nous avons une perception diurne de la vie, et Han Kang en livre dans son roman une perception nocturne. C’est-à-dire qu’elle souligne l’importance de se reconnecter à notre passé. Pour se laisser la possibilité d’avancer, de se comprendre, il faut dialoguer avec nos fantômes. Rendre possible cette présence des morts dans la vie, c’est aussi éprouver cette douleur terrible qu’est l’amour.
Propos recueillis par Eric Demey
à 22h. Tel : 04 90 14 14 14. Durée : 1h30.
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