« À cheval sur le dos des oiseaux » de Céline Delbecq bouleverse et interroge de son écriture vive et sensible le thème de la normalité
Au sein d’une mise en scène tout en précision [...]
Avignon / 2026 - Entretien / Marie Mahé
Après le succès de Viril(e.s), Marie Mahé met en scène cinq personnes très diverses lors d’une audition de théâtre. Un moment de jeu autant qu’un moment de vérité où les rôles des uns et des autres laissent émerger un dévoilement de soi.
Qu’est-ce qui vous a menée à mettre en scène cette situation particulière ?
Marie Mahé : Après Viril(e.s), où des femmes s’affranchissaient des rôles qu’on leur imposait, j’ai eu envie avec 7 secondes de raconter le mouvement inverse : des personnes qui cherchent, au contraire, à entrer à tout prix dans des cases. Les deux spectacles interrogent la manière dont on se construit à travers le regard des autres depuis l’enfance. Shakespeare l’écrivait déjà : « le monde entier est un théâtre ». Chacun essaie d’y jouer son rôle du mieux qu’il peut. C’est ce que j’ai voulu explorer ici en réunissant sept personnes convoquées à une audition de théâtre. Au départ, elles pensent savoir qui elles sont, pourquoi elles sont là, et ce qu’on attend d’elles. Mais au fil de l’audition, leurs certitudes se fissurent. Le cadre de l’audition agit comme un miroir de notre société : un endroit où chacun cherche avant tout à être aimé, reconnu, validé.
Qui sont les personnages ? Vous êtes-vous fondée sur leurs témoignages pour écrire ?
M.M. : Le travail est né d’entretiens menés auprès d’apprentis comédiens aux parcours très différents, des hommes et des femmes de tous âges et de milieux variés. Il y a eu des rencontres déterminantes, comme avec un commercial en informatique ou un chef de pôle au ministère de la Justice. Leurs paroles ont été retranscrites presque telles quelles afin de conserver ce qui échappe au discours maîtrisé. À travers un questionnaire très précis, je cherchais moins des réponses que des endroits de vérité afin de les mettre à l’épreuve sur le plateau. Ce qui m’a particulièrement touchée, c’est que, derrière des vies qui semblaient parfaitement construites, apparaissaient des failles, des doutes, parfois de grandes solitudes. Comme l’écrivait André Malraux : « La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache. » Avec 7 secondes et grâce au dispositif de l’audition, j’ai voulu interroger avec eux les images qu’ils avaient fabriquées d’eux-mêmes.
Comment s’articulent la réalité et la fiction dans cette pièce ?
M.M. : Dans 7 secondes, la réalité et la fiction se frottent constamment, comme le montre le fait que les personnages portent les prénoms des interprètes. Le spectacle est ponctué par plusieurs exercices de jeu de rôles qui conduisent progressivement les interprètes vers une entrée dans la fiction de plus en plus profonde. Paradoxalement, c’est peut-être au théâtre qu’on se dévoile totalement. En jouant, certains personnages révèlent des choses qu’ils n’auraient jamais pu dire frontalement. Le masque du théâtre devient alors un moyen de faire tomber les autres. Cette tension entre le réel et la fiction fait partie intégrante de mon travail. J’aime brouiller les frontières entre la réalité et le jeu, entre ce qui est vécu et ce qui est représenté. 7 secondes est avant tout une déclaration d’amour au théâtre et donc à la vie. Raconter le réel autrement, puiser dans la force de la vie tout en la combinant à celle du théâtre me permet, me semble-t-il, de raconter quelque chose de notre monde. Mettre à nu l’échec, tomber, se relever, être imparfait et être aimé pour ce qui nous échappe. Le théâtre permet peut-être justement cela.
Propos recueillis par Agnès Santi
à 20h10, relâche les jeudis. Tél : 09 74 74 64 90. Durée : 1h15.
Au sein d’une mise en scène tout en précision [...]
Inspirée de la rencontre entre la journaliste [...]