Gwenaël Morin présente « Le deuil sied à Electre » d’après Eugene O’Neill, pour que l’utopie continue
Fin du cycle Démonter les remparts pour finir [...]
Inventaire à la Prévert. Dans la tête d’une créatrice, il y a : une chèvre obstinée, un couvent, des aèdes grecs, une amie morte qui mange des sardines, un tableau que nul ne verra plus. Jeanne Candel utilise son vocabulaire habituel, intuitif, fragmentaire, indisciplinaire, pour mettre à nu l’acte même de créer.
Qu’y a-t-il dans le ventre d’une poétesse, pour qu’elle accouche de ses œuvres ? Voilà l’essence de la question à laquelle s’attelle la bande de Jeanne Candel : Vladislav Galard, Pauline Huruguen, Sarah Le Picard, Léo-Antonin Lutinier, Laure Mathis, Matthieu Naulleau et Thibault Perriard. Si elle signe la mise en scène, c’est bien toute l’équipe qui est créditée pour l’écriture de cette pièce née au plateau. Cela se sent : ce kaléidoscope est traversé de fulgurances désarticulées, on y sent ramper en coulisse les fantômes d’anciennes inspirations depuis abandonnées. Tout n’est pas égal. Tout n’aboutit pas. À l’image même de ce qu’est le processus créatif : nullement linéaire, fait de brusques intuitions et de renoncements, d’histoires personnelles comme de références extérieures. Chaque fragment fait éventuellement sens en lui-même ; articulé aux autres fragments, il constitue une touche dans un tableau impressionniste qui tente de rendre sensible ce qui habite l’artiste au travail.
Cheminer au travers les fulgurances jusqu’à la grotte secrète où loge l’imagination créatrice
Ce spectacle non narratif est un assemblage de « tragédies portatives », qui vont souvent chercher du côté du tragi-comique. On y croise toute une galerie de personnages : un Oedipe charismatique peut y voisiner avec un troubadour qui fait cuire le cœur arraché de sa poitrine sur un fer à repasser. Les tableaux sont souvent absurdes, et ils sont accompagnés de musique jouée en direct, avec une forte dominante jazz qui s’accorde au chaos orchestré sur scène. Cette musique est le souffle du spectacle, qui vit et respire au rythme de la partition créée par Thibault Perriard. Il n’y a pas de système, pas de vérité définitive assénée, juste la conscience du besoin viscéral que l’humain a de raconter des histoires, et de se raccrocher à l’art pour survivre, tel François Le Lionnais qui se réfugie dans les toiles de Brueghel pour échapper au camp de concentration de Dora. En définitive, CAPRA (une chèvre) dit la folle obstination qu’il faut pour traverser toute cette matière et en faire théâtre. Parfois, on décroche brièvement, mais toujours une belle image ou un bon mot nous rattrape. En sortant de la salle, on ne peut s’empêcher de penser à Nietzsche : « Il faut porter un chaos en soi pour accoucher d’une étoile dansante. »
Mathieu Dochtermann
à 18h. Tél. : 04 90 27 66 50. Durée 2h00
Fin du cycle Démonter les remparts pour finir [...]
Mis en scène par Antoine Colnot et Anne [...]
Petit bijou dans le Off : Virginie Lemoine [...]