Jean-Yves Ruf porte à la scène « J’ai saigné » de Blaise Cendrars, un témoignage douloureux de la Première Guerre mondiale
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Familière des spectacles en espace public, Kristina Chaumont investit la fraîcheur du jardin de l’ancien Carmel pour une promenade désaliéniste qu’elle interprète avec humour, puissance, conviction et émotion.
Après avoir exploré, avec Sandrine Brunner, les rapports à l’espace et au public à travers le spectacle itinérant Sur la route, parcourant le canton suisse du Valais, et poursuivi cette expérimentation depuis douze ans, au sein du Collectif 49 701, pour la série théâtrale Les 3 Mousquetaires, mise en scène par Clara Hédouin et Jade Herbulot, Kristina Chaumont met sa subtile connaissance des relations avec les spectateurs, de l’adresse directe, de l’accueil et de l’échange au service d’un spectacle bouleversant sur la question psychiatrique. Elle installe sa drôle de mad pride dans le sous-bois touffu de l’ancien Carmel, le plus grand parc de l’intra-muros avignonnais, où est installé le tiers-lieu La Respelid’, dont le nom signifie « résurrection » en provençal. Si résurrection il y a dans le spectacle de Kristina Chaumont, elle s’opère par le théâtre, non pas tant comme vecteur d’émotion que comme moyen du lien, dont la comédienne multiplie les propositions (café, cigarette, chocolat, citronnade, vin et gâteau) revisitant ce qu’on n’a jamais trouvé de mieux pour être et discuter ensemble : un pique-nique sous les ombrages !
Fou par un autre tour de folie
L’exercice est périlleux et la comédienne s’expose avec la témérité des déments refusant le carcan, la camisole chimique et l’internement, qui les chassent de l’univers des hommes. C’est la société et le regard des autres qui fabriquent le malade mental, essentialisé pour être traité comme une chose. A cet égard, le discours de l’institution, que la comédienne interprète avec une puissance frémissante, retrace cette histoire et cette économie de la folie, qui engraissent l’industrie pharmaceutique et inventent le pathologique pour cimenter la norme. En extravagante, Kristina Chaumont s’écarte de la voie habituelle d’un théâtre à l’abri du quatrième mur, et batifole dans les taillis, traçant le chemin d’une vie commune possible, en allant chercher du côté de l’ethnographie de quoi penser l’affirmation salvatrice d’une altérité compassionnelle. La forme du spectacle soutient le récit, celui de la folie de la mère, que la comédienne raconte avec émotion et humour, dans une forme d’enquête autofictionnelle qui transforme la résistance en fête et convertit confidences et souvenirs en matériaux de réflexion collective. Kristina Chaumont, en Alice revisitant La Borde, circule en liberté entre les récits, les analyses, les références, la colère, le rire et les arbres : jolie promenade de santé en sa compagnie !
Catherine Robert
à 10h15. Relâche les 10 et 17 juillet. Tél. : 04 90 82 39 06. Durée : 1h30.
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