« Le Complexe des Homards », chorégraphie Catherine Dreyfus
Catherine Dreyfus reprend à son compte [...]
Plongeant dans les tourments intimes d’un amoureux abandonné, Ethan Oliel déploie dans Le Garçon nuage une virtuosité textuelle et narrative portée par une maîtrise évidente dans l’interprétation de ce seul en scène vibrant de mots, de voix et d’émotion.
Figé dans un élan devant un escalier baigné par une lueur que l’on devine être celle de l’espoir, Ethan Oliel incarne un homme qui essaie d’échapper au poids du monde, et de se réfugier dans les nuages de son imagination, résistant aux voix de la réalité et de la raison qui l’appellent à redescendre de sa thébaïde mentale. Mais une rencontre amoureuse va précipiter ce retour dans l’arène sociale de cet écorché vif. Son émotivité volubile va finir par faire fuir sa compagne. Tout en échafaudant une déclaration épistolaire, le héros va réécrire cette rupture et la magnifier dans une odyssée sentimentale, à travers laquelle il finira par assumer une singularité émotionnelle, qui, au fond, n’est que l’expression exagérée de la nécessité irrépressible que nous avons tous de nous raconter des histoires pour faire survivre notre fragile estime narcissique.
Une écriture et une interprétation d’une maîtrise accomplie
Dans une scénographie décantée conçue par Charly Coïc, Ethan Oliel déploie une logorrhée maniant avec virtuosité assonances, rimes et rythmes poétiques. La contrainte de l’alexandrin se fait cadre fertile à des jeux de sens et de sons, qui forme la colonne vertébrale de cette exploration des tourments intimes, où la plongée dans une histoire singulière éclaire l’universalité de la condition humaine, à la merci de son irréductible soif de fiction. La maîtrise lexicale se conjugue à celle, non moins évidente, d’une interprétation multipliant les intonations comme autant de voix intérieures dans la tête de ce garçon nuage, ballotté entre son besoin de réconfort et les injonctions de la lucidité et du réel. Le public se trouve littéralement pris dans les rets de cette toile de mots et d’affects, qui ne craint pas de gonfler jusqu’à une certaine hystérie expressive, portée par la démonstration d’un métier déjà accompli, mais impuissant à masquer une relative prévisibilité dans le dénouement d’un seul en scène au fait de tous les rouages du genre, jusqu’à la motilité instinctive du sourire sur un visage miroir des moindres inflexions des émotions.
Gilles Charlassier
à 12 heures, relâche les 6, 13 et 20 juillet. Tél. : 04 65 00 00 90. Durée : 1h15.
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