Théâtre - Critique

L’Epée de bois / de Molière et Lully / mes Raphaël de Angelis

Monsieur de Pourceaugnac

Publié le 15 juin 2017 - N° 255

Raphaël de Angelis signe avec le Théâtre de l’Eventail et l’ensemble musical La Rêveuse un spectacle alerte qui tire résolument la pièce de Molière du côté de la farce.

Les comédiens entourent la marionnette géante qui apparaît à la fin du spectacle
Crédit : Ludovic Letot
Les comédiens entourent la marionnette géante qui apparaît à la fin du spectacle Crédit : Ludovic Letot

Pauvre Monsieur de Pourceaugnac ! Alors qu’il monte à Paris pour épouser Julie, ignorant qu’elle est éprise d’Eraste, le provincial va vivre une journée chahutée, ourdie par les complices des amoureux, bien décidés à faire échouer le mariage. Sur cette intrigue typique de Molière, le metteur en scène Raphaël de Angelis montre un sens du plateau certain, qu’il met au service des multiples rebondissements et de la mécanique implacable qui conduira Monsieur de Pourceaugnac à fuir de la capitale, travesti en femme. Son spectacle rythmé rend justice à la vivacité de cette comédie-ballet concoctée par Molière et Lully qui imbriquent théâtre et musique de façon aussi poussée qu’inédite dans l’histoire de leur collaboration. L’ensemble baroque La Rêveuse – connu notamment pour son travail avec Benjamin Lazar ou Louise Moaty – s’insère parfaitement dans le dispositif scénique. Installés à jardin, les musiciens savent se faire discrets ou prendre part à l’action selon les besoins de la dramaturgie.

Le comique l’emporte sur la noirceur

À grand renfort de chant, pantomimes, masques, maquillage, marionnettes et danse, le spectacle tire résolument la pièce du côté de la farce et de la commedia dell’arte. Le jeu sur les travestissements et les différents accents (italien, flamand, picard, suisse…) restituent également l’esprit de troupe et la métaphore théâtrale chers à Molière. De fait, le metteur en scène traite cette comédie-ballet créée en 1669 comme ce qu’elle fut à ses origines : un pur divertissement. On ne trouvera ici ni de reconstitution baroque (dans la diction ou l’éclairage à la bougie), ni de transposition moderne (comme dans la mise en scène de Clément Hervieu-Léger avec les Arts florissants en 2015/2016), ni même d’actualisation à tout prix : il y avait pourtant matière, de la satire des provinciaux à celle des médecins en passant par le thème de l’argent. Le parti prix dramaturgique se focalise essentiellement sur le rire sans insister sur sa face noire : la cruauté. On pourra le regretter à l’égard d’une des pièces les plus sombres de Molière qui fait vivre à Monsieur de Pourceaugnac une véritable descente aux Enfers où ni la torture physique ni la torture mentale ne lui sont épargnées, au point qu’il finira par perdre argent, honneur et identité. Mais après tout, Brecht lui-même ne disait-il pas : « Depuis toujours, l’affaire du théâtre, comme d’ailleurs de tous les autres arts, est de divertir les gens. » ?

 

Isabelle Stibbe

A propos de l’évènement
Monsieur de Pourceaugnac
du 9 juin 2017 au 2 juillet 2017
Epée de Bois
Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris, France

Tél. : 01 48 08 39 74.


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