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Avignon / 2026 - Entretien / Yan Allegret
D’abord intitulé Solo Arts Martiaux, le spectacle Katsujin Ken – Le sabre qui donne la vie est un (presque) seul-en-scène en équilibre entre deux mondes : le théâtre et l’Aïkido. Aïkidoka et homme de théâtre, Yan Allegret livre ici son cheminement personnel, qu’il porte au plateau sous les regards combinés de Stéphane Facco et Yoshi Oïda.
D’où vous vient cette envie de croiser les arts de la scène et les arts martiaux ?
Yan Allegret : C’est le fruit d’une recherche qui est basée sur une double appartenance : d’un côté le monde du théâtre, de l’autre côté le monde martial. Ce cycle de travail dure depuis 20 ans. Il a commencé à la faveur d’une résidence à la Villa Kujoyama au Japon en 2006, puis a donné lieu à des pièces, dont La plénitude des cendres, avec le boxeur Hacine Chérifi et l’acteur Jean-Baptiste Epiard. Grâce à un ami, Stéphane Facco, j’ai envisagé de créer un spectacle autour de cette aventure, de tout ce que j’ai appris.
Quelle forme prend ce solo ? Est-ce un pur monologue ?
Y.A. : Nous voulions une théâtralité proche de la conversation avec le public, presque transparente. Je suis seul au plateau, et il y a une grande part d’improvisation, qui découle d’une réflexion sur la question du présent sur scène. C’est pour cela que je voulais le regard de Yoshi Oïda, parce que, du fait de son remarquable travail avec Peter Brook, il a une connaissance fine de cela. Et je convie à chaque représentation un « guest », parce que la base de tout, c’est la relation.
Au travers des arts martiaux, n’est-ce pas à une forme de spiritualité que vous finissez par toucher ?
Y.A. : Dans Katsujin Ken, c’est d’un chemin de vie que je parle, le théâtre et les arts martiaux ne sont que des prétextes. Le mot « spirituel » est un mot que j’utilise rarement, voire jamais. Il crée des malentendus. Je préfère parler d’énigme, d’être au monde, et de comment on s’ouvre aussi. Pour moi, le plateau est l’endroit du dépouillement, où on retire tout ce qui n’est pas nécessaire. Or, dans notre société, avoir un endroit où on est en recherche de dépouillement plutôt qu’en acquisition, c’est exceptionnel.
Pourquoi cette image du sabre qui donne la vie ?
Y.A. : Il y a deux formes de sabre : le sabre de destruction, et aussi le sabre qui résout le conflit. Là où on croyait que la guerre allait arriver, il y a au contraire une absence de confrontation. C’est une perspective intéressante. Ce qui m’intéresse à travers de tout cela, c’est le vivant, c’est ce qui nous constitue, ce qui est partageable par tout le monde. Le théâtre et les arts martiaux, ce sont des barques pour traverser vers l’autre rive : la finalité, ce n’est pas la barque, qui n’est qu’un outil. Ce qu’on va rejoindre de l’autre côté, je ne sais pas, justement…
Entretien réalisé par Mathieu Dochtermann
à 14h, relâche le mercredi. Tél. : 04 90 86 17 12. Durée : 1h20.
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