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Huang Huai‑Te puise dans une mémoire intime : celle des parades de temples, des danses du dragon, des rythmes qui ont bercé son enfance. Sa compagnie, Dashing Theater, porte l’idéogramme d’un cheval surgissant hors de son enclos : une image de l’élan, du risque, de l’affrontement avec le monde.
Dans son Sacre du printemps, le chorégraphe taïwanais Huang Huai‑Te crée un spectacle composite où se croisent différents styles de danse : le ballet, les danses chinoises, mongoles, et tibétaines, et des langages contemporains, surtout issus de la technique Graham. Soit une stratification de gestes qui ne s’accordent pas toujours. Caractérisés par leurs costumes un peu caricaturaux (Tutu long et diadème, robe noire, robe chinoise, tibétaine et costume « mongol » pour le danseur) Huang Huai‑Te ne les fond pas en une harmonie artificielle mais les juxtapose, laisse leurs incompatibilités affleurer, comme autant de secousses révélant les structures de pouvoir qui ont façonné son parcours et ceux de ses interprètes. Sur la musique implacable d’Igor Stravinsky, chacun cherche d’abord à faire briller sa danse. Les corps ne cherchent pas la beauté lisse ni la fusion des styles. Ils avancent, résistent, se heurtent, se réinventent. Ils deviennent le lieu d’un combat silencieux entre discipline et liberté, tradition et invention.
Sacre ou sacré ?
La scène devient alors un lieu de dévoilement. Les danseurs retirent leurs jupes foisonnantes comme on se défait d’un costume imposé, traversant les couches d’histoire qui ont discipliné leurs corps Une fois libérés de leurs tenues symboliques, ils ne sont plus animés que par une présence essentielle, débarrassée des injonctions culturelles. Ce qui demeure alors, dans la nudité du mouvement, est peut‑être la forme la plus pure du « moi » : un corps qui refuse d’être assigné, et qui choisit enfin sa propre danse. Ce geste, simple et radical, ouvre un espace où la danse cesse d’être un décor culturel pour devenir une reconquête : celle d’une souveraineté physique longtemps modelée par des récits dominants. Le « Sacre » imaginé par Stravinsky se transforme ici en rituel contemporain, non plus sacrifice d’une élue, mais sacrifice des assignations qui enferment.
Agnès Izrine
à 17h45. Relâche les 8, 15, 22 juillet. Durée : 45 min. Tél. : 04 90 22 48 43. À partir de 6 ans.
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