Thibaut Besnard monte « Après la fin » huis clos troublant de Dennis Kelly, implacable partition à la violence progressive
Avec sa compagnie joliment nommée [...]
Après le mémorable La réponse des Hommes (2020), après le profond Némésis (2023) librement inspiré du roman de Philip Roth, la talentueuse Tiphaine Raffier crée L’hors-présence ou Chimères du Pays de Morsan. Explorant le sujet de la fin de vie, elle tisse une minutieuse partition qui embrasse la complexité de la situation et la vulnérabilité des êtres.
Alors que la fin de vie est en ce moment même au cœur du débat politique (un vote final est prévu à l’Assemblée le 15 juillet), le théâtre de Tiphaine Raffier s’empare de ce sujet non pas pour creuser un sillon, mais plutôt pour labourer un champ tout entier. Pas question ici de points de vue, qu’ils soient progressistes ou conservateurs. Ce qui se joue sous nos yeux embrasse une expérience humaine sensible et douloureuse, pétrie de contradictions et d’incertitudes, qui ne peut se réduire aux mots qui la racontent ou la désignent. Comment accompagner un proche en « phase terminale » d’une maladie ? Comment soulager la souffrance d’un être cher ? Il n’est pas simple de plonger dans l’intimité d’une famille qui affronte une telle épreuve, de la regarder, de la comprendre. L’autrice et metteuse en scène, qui a elle-même été aidante, confie fonder souvent son théâtre sur son vécu personnel qu’elle questionne et transforme par l’art. Sur le plateau se tient une maison de verre comme un aquarium, avec un intérieur bien arrangé que l’on peut regarder, que l’on peut écouter, à l’instar de voisins très impliqués, tels une juge énigmatique en burn out ou un archéologue atypique qui découpe les murs. Laure va bientôt mourir, entourée de Soren, Simon et Susanna, ses frères et sa sœur. Leurs parents ne sont plus là. Au-dessus de la maison un vaste écran qui n’écrase en rien le théâtre mais le complète ; ici la représentation embrasse une multiplicité de perspectives, se fait révélatrice de failles, troubles et divergences de manière bouleversante, sans sensiblerie aucune.
Le vertige de la vie
Au-delà de la dimension humaine apparaissent par ricochets et échos divers enjeux éthiques, juridiques ou institutionnels – dont le besoin de soins palliatifs, le cheminement des protocoles médicaux. Ainsi se conjuguent une poignante humanité, une ample réflexion, une fine attention à la complexité du vertige de la vie lorsqu’elle rejoint l’inconnu de la mort. Ce moment de rupture, inévitablement, fait bouger les lignes et intensifie les relations. Les instructions anticipées peuvent être mises à mal, l’inattendu surgit, le dialogue avec le passé prend un nouveau relief. Singulièrement la metteuse en scène a choisi de transcender la rugosité du réel et de bousculer la représentation en faisant place au verbe poétique, à la littérature, aux légendes. Le mythe d’Argos aux cent yeux d’abord qui, dans ce pays imaginaire de Morsan, se trouve relié à « la Fontaine des lunatiques » trônant au milieu du village (du nom d’un ouvrage d’André de Richaud), mais aussi La Montagne magique de Thomas Mann que lit Soren, écrits littéraire parfois convoqués de manière un peu surajoutée. Incarné par les remarquables comédiens Thomas Gonzalez, Édith Mérieau, Catherine Mestoussis, Teddy Chawa, Paula Luna, Thierry Paret, Adrien Rouyard et Emma Bolcato, le théâtre de Tiphaine Raffier est beau, touchant et édifiant. Une fois de plus, elle allie à merveille toutes les dimensions du théâtre.
Agnès Santi
à 11h, relâche le 6. Tél : 04 90 14 14 14. Durée : 2h30.
Du 23 septembre au 10 octobre 2026, Nanterre-Amandiers CDN
14 octobre 2026, L’Équinoxe Scène nationale (Châteauroux)
Du 3 au 5 novembre 2026, Comédie de Saint-Etienne CDN
17 et 18 novembre 2026, Comédie de Clermont Scène nationale
25 et 26 novembre 2026, Comédie de Valence CDN
Du 1er au 5 décembre 2026, TNP Villeurbanne
8, 9 et 10 décembre 2026, Nouveau Théâtre Besançon CDN
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